Les Bonnes

Une version troublante, viscérale, des Bonnes de Jean Genet, qui mélange le jeu, la danse, la musique et le chant.

LesBonnes

Au fond de la scène, un piano, couvert de tissu bleu. Face à lui, une robe blanche, sur un mannequin, près d’un lit, un petit lit d’enfant en fer d’une autre époque. Aux murs, un tissu, motif fleuri.

Des notes, une voix qui chante le bruit du monde, l’asservissement. Claire est là, elle danse. Arrive Solange, et le jeu commence.

Solange et Claire sont sœurs, elles sont les bonnes de Madame, quand Madame n’est pas là, elles s’habillent de ses robes, jouent sa domination, jouent l’une l’autre, le jeu doit aboutir à la mort de Madame, mais elles n’ont jamais le temps de finir le jeu. Ce soir, ce n’est plus un jeu, elles iront jusqu’au bout. Monsieur, l’amant de Madame, est en prison, ce sont elles qui l’ont dénoncé. Le tilleul de Madame est prêt. Mais Monsieur a été libéré, il attend Madame, elles se coupent, Madame repart. Alors le jeu reprend, chacune s’habille d’une robe de Madame, sous les yeux de Solange, Claire boit (fait boire à Madame) la tasse de tilleul empoisonné.

Rien n’est léger, dans cette pièce, chacun des personnages a ses bassesses, ses abjections, son obscénité. On en sort mal à l’aise dérangé, au sens viscéral du terme.

La mise en scène d’Anne-Lore Leguicheux et Alice Béroud insiste sur cet aspect viscéral.

Il y a le décor, des couleurs acidulées, un tissu fleuri, un lit d’enfant, une coiffeuse. Mais le tissu est aussi celui des robes des Bonnes, quand elles se tiennent droites devant, leur présence est gommée, elles deviennent invisible.

Il y a la musique, sautillante jusqu’à en devenir obsédante.

Il y a le jeu troublant des corps, Claire est charnelle, elle transpire l’envie qui déborde, Solange est cérébrale,  ses yeux montrent le contrôle qui n’a pas d’autre choix que de céder, Madame est futile, superficielle et méprisante.

Et puis il y a la danse, les chorégraphies de Mélodie Decultieux. Les danses de Claire, de Solange, leurs pas de deux, renforcent le jeu trouble des mots et des corps.

Personnage à part entière de la mise en scène, Alice Béroud n’est pas « juste la pianiste qui joue les musiques et chante les chansons », son regard perçant rattrape celui du spectateur qui voudrait s’échapper, le ramène sur Solange, sur Claire.

Le texte de Jean Genet est un coup de poing. En mélangeant les disciplines, le jeu, la danse, la musique, le chant, avec ses décors travaillés, la compagnie Les Yeux Qui Sonnent en fait un direct au foie, un coup qui porte, un coup qui marque.

Au Théâtre de la Manufactures des Abbesses jusqu’au 11 février 2019
A Arradon (56) le 02 mars 2019

Texte : Jean Genet
Avec : Alice Béroud, Marie Ceolin, Isaure Lapierre, Anne-Lore Leguicheux
Mise en scène : Anne-Lore Leguicheux, Alice Béroud
Compagnie : Les Yeux Qui Sonnent

 

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