Kiss and Cry

Une femme dans une gare, assise sur un banc, repasse le film de sa vie. Un spectacle onirique, poétique, des images superbes, qui se créent sous vos yeux et qui vous emportent dans un torrent d’émotions.

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(c) Maarten Vinden Abeele

En front de scène, un circuit de train ovale. Derrière, les rails d’un travelling, des tables, des étagères. Au dessus, un immense écran. La scène est encombrée, son espace est optimisé. Sur l’écran, une gare, une femme est assise sur le quai, elle se souvient, avant que ses souvenirs disparaissent dans les trous de sa mémoire, elle se souvient de ses amours, de l’histoire de ses amours.

Il y a des petits personnages, de ceux qui peuplent les maquettes d’architectes, ou les trains électriques. Il y a des mains, des doigts, qui dansent. Il y a des caméras, qui filment. Il y a des acteurs, qui jouent, qui dansent, de leurs corps, de leurs mains. Un récitant. Des techniciens. Une cadreuse. Un chef d’orchestre. Sous nos yeux, ils créent un film, le film de l’histoire de cette femme qui se souvient de ses amours.

Les acteurs dansent, jouent, racontent une histoire, transmettent les sentiments, les émotions qui les emplissent là, devant nous. C’est bien une pièce de théâtre.

Sur l’écran, le film de cette histoire, les plans s’enchainent, la musique est raccord. C’est aussi la projection d’un film, de ces films qui racontent bellement une histoire simple.

Sur scène, sous la direction précise d’un chef d’orchestre, les mouvements de chacun s’enchainent, précis, coordonnés, on sent que le hasard n’a pas sa place. C’est donc aussi un ballet.

Sur l’écran, les plans se succèdent, toujours utiles, parfois bluffant. Tout est en direct, tout. Même la main patineuse sur l’écran de télé. C’est aussi le making of du film.

Sur l’écran, des images, de celles qu’on admire dans les expositions photo, sur les écrans des musées d’art contemporain, l’image est travaillée, répétée, interprétée en direct. C’est aussi une exposition d’art contemporain.

Chaque détail compte, tout est fait pour avoir sur l’écran, à l’instant voulu, l’image nécessaire. Un petit personnage d’architecte, de son appartement réduit, regarde, au loin, un couple s’embrasser ? Il faut la diagonale de la scène, mais voilà le plan. Que devient la nuée qu’on voit aux premières secondes du teaser ? Comment font-ils ? C’est sous nos yeux. La loupe qui sert pour une séquence de trois secondes ? immédiatement rangée dans sa feutrine.

Le public ne s’y est pas trompé, qui s’est pour moitié levé pour de longs applaudissements.

Les images filaient, le film se déroulait, les acteurs jouaient, les techniciens travaillaient, les séquences arrivaient. Mon attention a parcouru chacun des plans de cette mise en abyme, oscillant essentiellement entre le film sur l’écran, le jeu des acteurs, de leurs mains, quand je pouvais le voir. Pour la détendre ? Le ballet des techniciens. Régulièrement une question, « mais comment font-ils ça ? », la réponse, sous mes yeux.

Kiss and Cry, c’est le nom du banc sur lequel les patineurs attendent leurs notes, les patins encore aux pieds. Un banc sur le quai d’une gare, une dame qui attend, qui repasse sa vie. Kiss and Cry.

Une seule raison pour aller voir Kiss and Cry ?

  • vous aimez le théâtre, celui qui emporte les émotions du spectateur en lui racontant une histoire simple ?
  • vous aimez les belles images et ne ratez aucune exposition du Jeu de Paume ?
  • vous aimez l’art contemporain, savourez les vidéos du Palais de Tokyo ou du MacVal ?
  • vous avez envie de voir une pièce originale, un spectacle complet ?
  • vous voulez briller au diner du réveillon en racontant comment est filmée la séquence durant laquelle un petit personnage voit, au loin, s’embrasser deux personnes qui dans la réalité sont cent fois plus grands que lui, le tout sur fond de coucher de soleil ?

Kiss and Cry est un spectacle onirique, poétique.  De ces spectacles que je pourrais voir et revoir sans fin, avec une attention différente à chaque vision, je le découvrirais à chaque fois.

A La Scala Paris jusqu’au 31 décembre 2018
Du mardi au samedi : 21h00 / dimanche : 15h00
Relâche le 25/12 – horaire 31/12 : 19h30

De : Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael
Texte : Thomas Gunzig
En création collective avec : Grégory Grosjean, Thomas Gunzig, Julien Lambert, Sylvie Olivé, Nicolas Olivier

Réalisation : Jaco Van Dormael, Harry Cleven
Danseurs : Michèle Anne De Mey, Frauke Mariën, Grégory Grosjean, Denis Robert
Caméraman : Julien Lambert, Aurélie Leporcq, Philippe Guilbert
Assistantes caméra : Aurélie Leporcq, Juliette Van Dormael
Régie lumières : Nicolas Olivier, Thomas Dobruszkès
Manipulation décors : Stefano Serra, Ivan Fox, Gabriella Lacono, Charlotte Pauwels
Directeur technique : Thomas Dobruszkès
Coordinateur artistique : Grégory Grosjean
Son : Boris Cekevda, Benjamin Dandoy
Responsable tournée : Modul Cie

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