La magie lente

La magie lente, une pièce coup de poing, l’histoire d’un homme dans la force de l’âge qui va petit à petit retrouver son passé, le secret enterré dans son passé.

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Monsieur Louvier est marié, il a deux enfants, il a été soigné pendant 10 ans pour une schizophrénie diagnostiquée à tort. Il a changé de psychiatre, son nouveau psychiatre l’a aidé à se trouver, se retrouver, à retrouver, enfoui, enterré, le secret qui le minait.

La pièce commence comme une conférence, un conférencier raconte cette erreur de diagnostic à un auditoire de haute tenue. On le reverra. Un peu. Cette scène d’ouverture est à l’origine du texte. Ecrite à l’origine pour une autre pièce sur la schizophrénie, elle a été supprimée quand il a fallu la raccourcir. Pour mieux revenir avec La Magie Lente, la psychanalyse est une magie lente, disait Sigmund Freud.

Le nouveau psychiatre, c’est le docteur Quemeneur, il écoute. Forge rapidement son diagnostic, attend que monsieur Louvier en prenne conscience. Monsieur Louvier qui entend des voix, dans le métro bondé, les hommes veulent l’enculer. Monsieur Louvier qui vit dans la peur d’abuser de son fils.

Les séances vont s’enchainer devant nous. Monsieur Louvier va s’ouvrir devant nous. Réaliser qu’il peut aimer les hommes. Retrouver le souvenir de son enfance, la préadolescence, les vacances chez son oncle et sa tante. Son oncle qui l’a sodomisé. Son oncle qui l’a, il arrivera enfin à le dire, violé.

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Benoit Giros est le narrateur, le psychiatre, Monsieur Louvier. Il occupe la scène avec une grande mesure, une intense pudeur. Pour le spectateur, il fait le chemin de monsieur Louvier, un chemin difficile, un chemin nécessaire. Un chemin qui passe par l’angoisse, par la haine, par le dégoût. Par la colère, par l’incompréhension.

Le texte de Denis Lachaud est cru, détaillé, précis, quand monsieur Louvier arrive à les dire, les mots sont dits, redits. Enculer. Sodomiser. Violé. Des mots mis en valeur par la mise en scène efficace et épurée de Pierre Notte.

Le silence des spectateurs est tangible, ils osent à peine respirer, personne ne tousse, ne fricote dans son sac. On est presque en apnée, entrecoupée par des pointes d’humour, l’occasion de reprendre une respiration. Ils sont en empathie totale avec Benoit Giros, ils souffrent pour monsieur Louvier. Jusqu’au moment où ils souffrent avec monsieur Louvier. Au moment où monsieur Louvier se libère enfin, le spectateur emporte avec lui une part de sa souffrance.

Alors il applaudit, longuement, très longuement. Pour remercier l’acteur, pour le féliciter. Pour le réchauffer. Pour se réchauffer. Et puis il se lève, sans faire trop de bruit. S’en va, lentement. Avec la pièce. Avec le jeu de l’acteur. Avec ses propres souvenirs remontés à la surface, ce qu’il a fait, ce qu’il n’a pas su voir.

Pour une fois j’ai respecté la consigne « A partir de 15 ans », pour une fois elle est justifiée.

Le sujet de la pièce n’est pas facile, c’est une belle pièce. Un texte fort, porté par un acteur qui joue les silences aussi bien que les mots.

Au théâtre de La Reine Blanche – jusqu’au 23 décembre 2018
Mercredi – vendredi – dimanche – 19h00

Texte : Denis Lachaud
Avec : Benoit Giros
Mise en scène : Pierre Notte

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