Le Banquet

Un repas de noce qui part en vrille, un éclat de rire qui dure une heure et demie, à savourer sans modération, et sans limite d’âge.

Banquet
(c) Stéphane Trapier

Dans un mariage, il y a deux familles, qui n’ont d’autre raison de se parler que les deux mariés. Un oncle que tout le monde ignore. Un ex de la mariée. Une cousine foldingue. Une vieille tante exubérante. Une jeune maman qui a tenu à venir avec son bébé. Une cousine passée depuis la dernière fois de l’enfance à la séduction. Un animateur encombrant. L’alcool aidant, les incidents commencent, et le repas part en vrille, pour le plus grand bonheur de ceux qui ont de l’humour.

Le Banquet, c’est ça. Un repas de mariage. Un repas de mariage caricatural, il part en vrille dès le début, comme un film de Buster Keaton, rien ne se passe normalement. La tente est mal foutue, le buffet est inaccessible. Un petit monsieur arrive, en premier, forcément, mais personne ne lui prêtera attention. Les invités, les uns après les autres. Les discours ? bien sûr. Les diaporamas ? évidemment, avec leur cortège de photos plus que gênantes.

Ils ne parlent pas, on entend seulement la musique de leurs mots, on est dans la lignée d’Open Space, de Bigre. Les incidents s’enchainent, la robe de la mariée reçoit… tout ce qui est imaginable de recevoir dans un mariage où le sol est inégal, la serveuse maladroite, l’alcool à volonté.

Pour ajouter au drame, le marié est un dragueur incontrôlable… et pas discret du tout.

Rien en se passe calmement, rien ne se passe comme attendu. Un mariage. Caricatural, excessif, vrai.

Les incidents s’enchainent, jusqu’au drame, jusqu’à la séquence finale, le monde est sauvé, le romantisme prend le dessus. Encore excessif, c’est le charme du Banquet de forcer le trait.

La musique des mots, de belles interprétations, je me cale dans mon fauteuil, je reçois les intentions, le sous texte.

Dix acteurs, seize personnages, le rythme est soutenu, chaque action principale est soutenue par des actions secondaires, on peut suivre le fil général, s’intéresser à un personnage. S’amuser.

J’ai savouré. Un éclat de rire. Un immense éclat de rire. Un éclat de rire d’une heure et demie. Un repas de noce, c’est exactement ça, pris au second degré, ça justifierait de se marier encore une fois.

Baroudeur était là, qui a trouvé la pièce « trop bien, trop ouf », il est de l’avis de ses compères Le Dandy (10 ans) : « trop cool, au début mégadrôle, à la fin bien mais on rigole pas » et Le Petit Prince (8 ans) : « bien, mais la fin est un peu… ».

Et puis il y avait le public. Qui savourait pour une bonne partie. Jugeait d’un air pincé de l’autre. A ma droite, une jeune femme, le visage fermé, elle a du sourire… deux fois ? Derrière, une dame nous questionne, ces enfants ne sont-ils pas trop jeunes pour voir « ce genre de choses » ? Mais justement, ils ont l’esprit ouvert, ils savourent, ne comprennent pas toutes les allusions, et alors ? Ils savent encore se laisser aller, eux. Déguster ce qu’ils reçoivent sans arrière pensée ni interprétation. C’est eux le public de demain.

Un mardi, les vacances, la salle du Rond Point n’était pas pleine. Le Banquet mérite que vous alliez y participer, le soutenir. Ca vous rappellera des souvenirs. Avec des enfants. Ils savoureront.

Au Théâtre du Rond Point jusqu’au 10 novembre 2018
Du mardi au samedi : 21h00
Dimanche : 15h00

Conception et mise en scène : Mathilda May
Avec : Sébastien Almar, Roxane Bret, Bernie Collins, Jérémie Covillault, Lee Delong, Stéphanie Djoudi-Guiraudon, Arnaud Maillard, Françoise Miquelis, Ariane Mourier, Tristan Robin

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