Le voyageur sans bagage

Peut-on cesser d’être celui que l’on a été, et devenir celui que l’on voudrait être ?  C’est le propos du Voyageur sans bagage, de Jean Anouilh, donné de fort agréable façon au Théâtre Falguière, la pièce va être prolongée, prenez le temps d’aller les applaudir.

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Gaston est revenu amnésique de la première guerre mondiale. Recueilli dans un asile, il se retrouve l’objet des soins des bonnes œuvres de la duchesse Dupont-Dufort, qui veut lui faire retrouver sa famille. Lui rêve de retrouver l’ami d’enfance qu’il n’a pu manquer d’avoir.

Le voilà dans la famille Renaud, des gens socialement acceptables par la Duchesse. Mais voilà, le jeune homme qu’on lui décrit était violent, agressif, séducteur, jouisseur, voleur, il n’avait pas d’amis, et personne, au fond, n’arrive à lui raconter un souvenir vraiment agréable qu’il aurait de lui. Peut-on s’aimer quand on se découvre ainsi, quand on découvre qu’on n’a pas même salué sa mère avant de partir à la guerre ?

Tous veulent le convaincre qu’il est le fils Renaud, mais le veulent-ils pour lui, ou pour eux ? Sont-ils généreux, ou égoïstes ?

Gaston va remonter le temps jusqu’à la mort de son père, il avait 4 ans, son frère ainé et sa mère ont assumé le devoir de l’éduquer, oubliant de lui donner cette affection qu’il recherche. Quand se présente, dans les « repreneurs » possible, un petit garçon orphelin, Gaston fondra, et deviendra le neveu de cet enfant, sans doute aussi le père qu’il n’a pas eu, étrange alliance.

Est-ce qu’on peut être différent de ce qu’on a été ? Manifestement, même si on l’a oublié, les autres vous le rappelleront, la seule solution sera alors de repartir à zéro ailleurs.

La mise en scène d’Olivier Sauton, dans son décor minimaliste, donne une ambiance primesautière à la pièce, il pousse un peu le trait des personnages sans les forcer. Sabrina Nanni est une marquise déjantée et foldingue, son extravagance exubérante et fortunée pourrait séduire un célèbre philosophe à chemise blanche, Marie-Claire Thooris livre une madame Renaud mère sévère et quand Agathe de Lataillade m’a fait fondre en Valentine Renaud amoureuse et séduisante.

Mais surtout j’ai admiré le maître d’hôtel de Pierre Gaudriot, un psychopathe qui fait froid dans le dos. Et je me suis laissé embarquer par le Gaston étonné, calme et mesuré qu’a donné Alexandre Ismetieff qui à mon avis survole la distribution.

Au théâtre Falguière, il va y avoir quelques nouvelles dates, ne boudez pas votre plaisir.

 

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