La voix humaine

La Voix Humaine, à La Contrescarpe, est une proposition étonnante qui, à travers la simple voix de Yannick Rocher, vous emporte au tréfonds de votre âme.

Voix

Une femme assise sur un tabouret parle.

Une femme, assise dans la pénombre, assise sur un tabouret, parle, d’une voix monocorde, elle a un casque audio sur les oreilles, un micro au dessus de la tête, elle bouge peu, elle parle au téléphone à celui qui fut son amant.

La proposition est étonnante, déroutante, dérangeante. Surprenante. Magistrale d’efficacité. En enlevant la voix de l’autre, de l’amant parti, le texte de Cocteau ouvre la fenêtre à notre imagination. En enlevant les trémolos dans la voix, les mimiques, les gesticulations, la mise en scène de Charles Gonzales lui ouvre grand les volets, ils claquent sur le mur, et le spectateur peut se laisser envahir par son ressenti.

En ce qui me concerne, ça a marché de façon diabolique, je me laissais envahir par un sentiment, une envie, une émotion, je faisais l’effort – c’était un vrai effort – d’en sortir pour entendre à nouveau la voix de Yannick Rocher, pour deviner son expression dans la pénombre, c’était bien la même voix monocorde qui disait le texte, le même visage. Qui ne sont pas inexpressifs, qui n’abandonnent pas le spectateur à la dérive, la voix, l’expression évoluent, ils évoluent vers la folie.

Dans la voix humaines, les âmes de Cocteau, de Yannick Rocher, de Charles Gonzales et du spectateur sont comme des ondes accordées, des vagues, elles entrent en résonnance, s’entretiennent les unes les autres, se renforcent, vous emportent, jusqu’au tsunami final qui vous laisse allongé sur la plage, silencieux, étrangement calme et apaisé.

Je prends toujours une petite page de note quand je vois un spectacle, les choses qui m’ont marquées, dont je veux me souvenir. Ma page est restée vide, tant je me suis laissé emporter par cette Voix Humaine, ce voyage au fond d’une âme (mais laquelle ?), une sorte de transe dont je devais parfois me forcer à sortir pour admirer le travail de l’actrice, le jeu des lumières, la mise en scène. Et je me laissais immédiatement emporter à nouveau par le texte, dont chaque mot portait, dont l’interprétation permettait à chaque mot de porter. Dont chaque mot percutait, juste.

La mise en abîme va loin, qui propose par moments un enregistrement de la création de la pièce à la Comédie Française dans les années 1930, avec une voix pleine d’expressions qui, elle, ne laisse que peu de place à l’émotion/interprétation du spectateur.

Il reste quelques dates pour aller savourer cette pièce, n’hésitez pas.

A La Contrescarpe – lundi mardi 19h30 – jusqu’au 27 mars 2018

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