L’Etrange Défaite

Dans une adaptation et une mise en scène de Jean Quercy, Eric Auvray donne une interprétation toute en nuances et confidences de l’Etrange Défaite, le livre dans lequel Marc Bloch donnait sa vision d’historien de la défaite de 1940, dont le message reste actuel, très très actuel.

Defaite

Les combats se perdent ou se gagnent d’abord dans la tête, si on perd perdant, on arrive en ayant perdu. De plus, tout autour de nous, les choses vont de plus en plus vite, sachons nous remettre en cause, sachons réagir à ce à quoi nous ne nous attendons pas, à ce que nous n’avons pas prévu. Dans les Relay de Roissy ou de Gare de Lyon, au rayon Psychologie et au rayon Business, il y a des dizaines d’opus, à lire le temps d’un trajet, qui en font leur fond de commerce. On les feuillette avec les sourire, on les emporte comme des évidences, ou pas. Parce qu’on sait tout ça. Parce qu’au fond, ça concerne surtout les autres.

Parfois les évidences méritent d’être rappelées. Parfois les évidences méritent d’êtres remises en perspective de l’histoire. Parfois on a besoin de se faire rappeler que les évidences ne concernent pas que les autres.

C’est ce que fait L’Etrange Défaite. Un texte de Marc Bloch, un livre écrit pendant la deuxième guerre mondiale, avant qu’il ne soit arrêté, torturé, fusillé. L’analyse d’un homme, un homme qui a été soldat durant la première guerre mondiale, officier d’état major pendant la période 1939-1940, résistant ensuite. Un historien, habitué à observer, à trier.

Jean Quercy, avec beaucoup de talent, a pris le livre de Marc Bloch, l’a édité pour en faire une pièce, un texte à dire et à entendre. Le jeu d’Eric Auvray, tout en nuances, sert superbement le texte. Il le dit, il raconte, comme un père pourrait raconter sa vie à ses enfants, un soir au coin du feu. Il le dit, et on écoute, parce qu’on sait que ce soir là, le père se livre, qu’il ne le fera qu’une fois. Alors on écoute, avec attention.

Avant d’être la conférence d’un historien sur la défaite française de juin 1940, avant d’être le témoignage d’un officier qui y avait participé, c’était les confidences d’un homme, un homme impliqué, un homme emporté. Un homme qui, parce qu’il était historien, parce qu’il était officier, essayait d’en tirer les leçons. Et les confie à ses proches.

« Le choix des textes et l’intelligence de l’acteur ont abouti à une attention soutenue de l’assistance nombreuse ce jour là, et nous pensons que cette expérience mérite d’être renouvelée auprès d’étudiants, d’universitaires, aussi bien que d’un large public de gens pour qui les interrogations au sujet de la deuxième guerre mondiale n’ont pas reçu de réponses ». C’est ce qu’ont écrit Lucie et Raymond Aubrac, après avoir vu la pièce. Elle s’éloigne, la deuxième guerre mondiale, elle est bien loin pour les jeunes adultes d’aujourd’hui. Le message de Marc Bloch ne s’affaiblit pas pour autant. Au contraire. Je crois qu’il est actuel, très actuel.

Parce que… tout va de plus en plus vite, tout s’accélère, et si on ne s’adapte pas à ce à quoi on ne s’attend pas… est un message actuel. Très actuel. N’ayons pas peur de l’aventure.

Au Théâtre de Nesle jusqu’au 12 avril 2018 – jeudi 19h00

Le texte de l’Etrange Défaite – le livre de Marc Bloch

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