Doll is Mine – Théâtre de Nesle

J’ai vécu une expérience rare et intense en assistant à Doll is Mine joué par Azuki au théâtre de Nesle. Arrivé avec la curiosité de découvrir un spectacle inclassable, j’en suis ressorti rempli de ce qu’on peut ressentir au cœur des ténèbres.

doll

Shiori est une jeune fille sans famille. Shiori travaille dans une maison de sommeil. Shiori veille sur le sommeil de ses clients, ne se déshabille pas, ne dors pas, ne se drogue pas, on ne la touche pas, c’est la règle définie par la maîtresse de la maison. Les jours de décembre défilent, il neige, Noël sera à l’horizon. Avec les nuits de décembre défilent les hommes, et leurs âmes sombres. Un vieux, qui a besoin d’aide pour en finir avec la vie. Un entrepreneur qui a échoué et dont les rêves expriment la violence qu’il masque la journée. Deux lycéens qui explorent les limites de leur sexualité. Un fan d’un homme célèbre. Andrew, américain et japonais, qui vit entre deux mondes, celui de la veille, celui du sommeil. Andrew, qu’elle va aimer, qui va l’ignorer.

Shiori travaille dans une maison de sommeil, elle n’a pas d’horizon, une seule amie.

Je me suis assis en me demandant si ce métier existe vraiment, et si il existe, qui peut ressentir le besoin d’y faire appel.

Sur scène, un lit, un espace avec des pétales, quelques pots de vernis à ongle, un banc fait d’un morceau de bois qui a vécu.

Doll is mine est un spectacle multiforme. Azuki est Shiori, son jeu est lent, intense, tout en tension. Elle joue, elle danse, elle exprime, elle chante. D’un remodelage de son visage (et pourtant je ne suis pas très fort à distinguer les émotions des visages asiatiques), elle est Shiori, son amie, la tenancière, chacun des clients. Elle contrôle, module sa voix, son regard, son corps. A cour, derrière son piano, son violon, son micro, Maria Fausta Rizzo apporte des respirations musicales, la chaleur bienvenue de sa voix aux teintes de soul. La mise en scène d’Arturo Armone Caruso (compagnie Ressources Humaines) est un écrin qui sert le texte de Katia Ippaso.

La salle s’est assise, la scène s’est éclairée, la musique a commencé. Je me demandais un peu à quoi j’allais assister. Azuki est entrée, lentement, a commencé à parler. J’ai commencé à écouter, toujours curieux.

J’étais super attentif, mon cerveau en alerte… et je me suis rendu compte que je serrais les poings, que mes ongles s’enfonçaient dans la paume de mes mains. J’ai cessé d’écouter, de regarder, j’ai continué à entendre, à voir, je me suis laissé pénétrer par la tension de la pièce, elle m’a envahie. Au milieu de la salle pleine et silencieuse, je ressentais la solitude, celle des clients de Shiori, contagieuse elle emplissait Shiori, contagieuse elle m’emplissait. J’ai ressenti la circulation de mon sang ralentir, le froid envahir mes bras. A la fin de la pièce, mon corps s’est rétracté, contracté, avec celui d’Azuki. A la fin de la pièce, je ressentais pourquoi on peut avoir besoin d’aller dormir dans une telle maison, quand on est face à un destin inconnu, dans ces moments où on est seul, face à un soi même qu’on ne sait accepter seul.

Après la pièce, j’ai eu besoin d’une pinte de stout dans un pub encombré et bruyant pour faire doucement le voyage de retour.

La salle était presque comble, je pouvais toucher son silence. Elle a apprécié, salué les artistes de très longs applaudissements, mérités.

Doll is Mine – au théâtre de Nesle jusqu’au 12 novembre du jeudi au dimanche à 21h00.

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