Black Bazar – Théâtre Falguière

Touchant et attachant, ce spectacle de Modeste Nzapassara, ce n’était pas gagné d’avance, à la lecture du pitch je m’attendais à un spectacle ciblé.

Il nous raconte son histoire d’immigré congolais, le regard de son voisin (petit) français, le bar des halles où il rejoint ses amis, sa relation… chaloupée avec Couleur d’Origine et son cousin musicien, pour finir sur une note d’incorrigible optimisme métamorphe.

Un jeu un peu maladroit qui mériterait d’être canalisé, une palette d’accents sympathiquement variés (évidemment, l’Africain existe autant que l’Européen, et on parle le français avec l’accent anglais, allemand, camerounais, ivoirien…), ce n’est pas une grande pièce, c’est une pièce touchante, qui au fond en fait beaucoup pour faire connaitre, pour faire de l’étranger un prochain.

Avec des tableaux très inégaux, le Fessologue et sa psychologie des fesses est un bijou, la litanie des costumes par contre…

Je m’attendais à une salle monochrome, c’était le cas… je me trompais de couleur, salle très clairsemée mais conquise qui a donné un rappel complémentaire auquel Modeste Nzapassara ne s’attendait pas, son plaisir était visible.

Spectacle éligible aux P’tits Molières
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La vie de Célestine – Aire Falguière

En une phrase : la vie de Célestine, femme de chambre, dans un bel ensemble de théâtre et de danse.

Une fois passé le pathos seconde moitié du dix neuvième siècle (oui, la bourgeoisie industrielle montante a écrasé la classe populaire dont elle était issue), je me suis laissé emporter par ce spectacle, je vais aussi au théâtre pour me  laisser submerger d’émotions, et j’ai été servi.

Admettons, comme le pense OliveOyl, que je suis aussi bon client des pièces où une actrice totalement habitée par son projet vit son texte appuyée sur deux faire valoir à l’utilité discutable.

Je me suis laissé emporter par le jeu de Patricia Piazza-Georget et des Filles de Gaia, mélange de théâtre et de danse avec un zeste de masque, on sent la rigueur de la danseuse classique dans le jeu de Patricia Piazza-Georget, la précision dans ses transformations, j’ai apprécié les pauses dansées par la danseuse (Emmanuelle Klein ou Cécile Carton), qui apportent un répit dans la tension, un peu de beauté dans un monde brutal. J’ai été moins convaincu par le jeu de Charlotte Piazza-Georget (ok, elle chante), qui lâche quand la danseuse tient et tient encore (le regard, par exemple).

La scène est dépouillée, la mise en scène au cordeau, la lumière superbe, rien n’est inutile, tout porte et emporte une émotion.

Célestine livre son âme, elle se met à nu devant nous, on vit avec elle les drames, parfois drolatiques, souvent dramatiques – quand on rit on rit jaune – d’une vie dans laquelle elle essaye de ne pas sombrer, jusqu’à une fin à laquelle elle ne pouvait échapper. C’est noir, c’est rouge. J’avais besoin de me réchauffer en sortant.

J’ai, aussi, apprécié l’initiative du théâtre de faire se rapprocher les spectateurs massés au dernier rang, c’est mon côté « au premier rang, dans les petites salles, on a une émotion qu’on n’aura jamais du vingtième rang d’une belle salle à l’italienne ».

Bref, malgré le sujet, je me suis laissé emporter par Le Journal de Célestine, j’ai fermé mon cerveau, ouvert mon coeur, et me suis laissé submerger par les émotions.

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