Légende – La Folie Théâtre

En une phrase : l’épopée médiévale et déjantée du chevalier Banal pour retrouver sa princesse, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (surtout l’un d’entre eux).

La pièce commence en fait 10 minutes avant l’heure. On entre dans la salle en avance, le désordre est déjà installé, et ne nous quittera plus.

Le pitch ? C’est le bordel, à 5 minutes du lever de rideau, il n’y a de présent qu’un seul acteur, et le régisseur. Rapidement rejoints par un animateur de la ville de Paris – celui qui a perdu la troupe dans les catacombes, ils improvisent la pièce à trois. Les rôles sont interprétés successivement par chacun des acteurs, les tableaux se succèdent dans un univers où le non sens est roi, le chevalier (ben oui, c’est à l’époque médiévale, il y a un chevalier, un roi, une princesse, une marâtre, un fou, Boucle d’Or, le Petit Chaperon Rouge, une fée qui refuse de travailler, Esméralda, un ours qui ne sait plus très bien s’il n’est pas un loup…), le chevalier, donc, est successivement maigre et dégarni, noir bedonnant et chauve, décharné et chevelu…

La troupe des Trimarrants, le trio burlesque des Tombés de la Lune, joue avec la salle, dans la salle autant que sur la scène, c’est déjanté, ça pétille dans tous les sens, on rit à gorge déployée, ça tombe bien, c’est ce qu’on attendait, c’est pour ça qu’on était venus, et on a été servis. Et largement, généreusement servis, la mise en scène de Jérôme Côme ne laisse aucune place à un quelconque moment de mélancolie, de réflexion dramatique. C’est de l’humour britannique, du non sense à l’état brut, on y trouve des effluves de Monty Python, le rythme de Benny Hill. Le parti pris est de nous faire rire sans trop tenir compte de ce qui est politiquement correct, sans forcer l’exagération. C’est un art, de savoir ne pas forcer l’exagération. Hier soir, Jérôme Côme, Jo Freeman et Félix Debarre surfaient parfaitement sur la limite.

La pièce n’est pas très longue (soyez un peu en avance !), elle se donne à 20h00, elle est parfaite pour un moment de rigolade en famille, ne vous privez pas de ce plaisir. Nous, on a adoré.

Baroudeur a adoré, OliveOyl a ri et l’a qualifiée de déjanté, Fléchette était aux anges d’avoir fait entonner Une Souris Verte à la salle entière.

Le site de La Folie Théâtre

Mama Khan – Le chant de la terre Lakota – Théâtre La Croisée des Chemins

Mama Khan est un superbe objet, plus proche du voyage initiatique que de la pièce de théâtre. De et par Khadija el Mahdi.

Elle nous accueille sur scène, devient sous nos yeux, masque, perruque, robes, Mama Khan, grand mère Lakota (une tribu indienne des USA) qui nous raconte la terre, nous rappelle la terre, nouricière, origine. Les contes s’enchainent, chacun porteur d’une valeur morale, d’une leçon de vie, l’importance de la terre, des racines.

Moi qui crois qu’un galet a une forme de conscience, lente et limitée, je suis forcément attiré par l’histoire d’un caillou qui sourit.

L’actrice est habitée par son projet, sensible, attentive, on sent ses yeux aux aguets derrière le masque. On sent que face à nous il y a plus qu’une actrice qui joue, plus que l’auteur qui défend son texte. On sent qu’il y a une belle personne.

Je me laisse prendre, Baroudeur, Fléchette, et même OliveOyl aussi. Chacun a trouvé à réfléchir dans le spectacle, même si chacun de nous l’a trouvé un peu long (l’inconfort des bancs n’aide pas).

À la fin du spectacle, on échange quelques mots avec Khadija el Mahdi, sur son projet de 13 pièces parce que 13 grand mères, son/ses voyages, le masque, le galet. C’est son spectacle, son projet, je passerais une soirée entière à l’écouter en parler, à échanger.

C’est mon regret, en fait, ne pas avoir plus échangé. Je me demande s’il y a un module conférence de ce spectacle, 45 minutes de Mama Khan, suivies de 45 minutes de Khadija expliquant son projet, son voyage, son retour aux racines, elle a raison, c’est important de connaitre les contes de ses racines, on ne peut pas s’en extraire sinon.

Mama Khan, c’est un OTNI qui a embelli ma journée.

Le site du théâtre

Bigre – Théâtre Tristan Bernard

En une phrase : sans un mot, les grands moments de la vie quotidienne de 3 habitants de chambres de bonnes, sous un toit de Paris


Au milieu, l’écolo recycleur. qui vit dans une chambre encombrée, dort dans un hamac. À gauche, le geek, chambre épurée qui se commande au claquement de doigts. À droite va arriver la fille, qui apprend ses métiers dans les livres. Ah, et toilettes à l’étage.

Bien sûr l’arrivée de la fille va perturber un quotidien fait de petits mépris, et de grands ratages, la pièce ira crescendo jusqu’à… l’explosion finale.

Les trois comédiens jouent sans un mot, c’est Buster Keaton qui est là avec ses mimiques, ses air.

C’est la vie, qui se dérègle, où au fond rien ne marche. Agathe L’huillier, La fille s’entrainera (sur ses voisins) à devenir ostéopathe, coiffeuse, infirmière. Le coeur solitaire du Geek qui chante J’ai encore rêvé d’elle dans un yaourt allemand se dérèglera comme le désordre entrera dans sa chambre immaculée. Pierre Guillois, auteur/metteur en scène, est magique en écolo imperturbable.

La salle est pliée de rire pendant une heure et demie, les moments s’enchainent, les quiproquo s’appuient sur le plus parfait non sens le plus logique possible.

En écrivant ces mots, les images me reviennent, une toilette automatique intempestive, un vide ordure, un moustique, un lapin, un poisson. C’est la magie de Bigre, cette alchimie équilibrée entre des moments visuels qui se succèdent, qui construisent une histoire émouvante.

Quand je suis allé réserver les places, j’ai décliné l’âge des « moins de 26 ans », finissant par 7 et 6 ans. « Je ne peux pas vous vendre des places pour des enfants aussi petits, attendez », et nous voilà partis dans les entrailles du théâtre, la scène était en cours d’installation. On croise un barbu (oui, l’écolo), « ce monsieur veut venir avec un enfant de 7 ans, je ne lui vends pas de places ? ». « 7 ans ? au contraire, il va être plié en deux d’un bout à l’autre, mets-le au premier rang de balcon pour qu’il voit bien tout ».

C’était exactement ce qu’il fallait faire. Comme toute la salle, 7 ans a rigolé du début à la fin, 5 ans aussi (j’avais un peu survendu la chose), même si elle n’attendait plus que son lit à la fin.

Un très beau moment, d’utilité publique en cette fin de printemps maussade.