
Backlask au théâtre de Belleville : un homme perdu dans la société qui évolue se réfugie dans des valeurs conservatrices et prend dans la gueule un sacré retour de bâton. A voir pour la belle interprétation de Philippe Bodet.
Sur la scène, un grand tapis. Danny arrive, détendu. Est-ce que ça vous est déjà arrivé, ce truc où vous vous dites : Il faudrait que j’aille courir ?
Danny a la cinquantaine frustrée. Avant, il avait un beau job, une famille. Maintenant il est divorcé, troisième assistant manager dans un magasin fermé le lundi, c’est lui qui vient donner raison au client mécontent qui veut voir un responsable. Son fils Joe est un ado qui ne vient plus trop voir son père, et Courtney, sa copine, étudie le féminisme. En surfant sur Internet, Danny va tomber sur le site d’Angry Alan, sombrer dans le masculinisme. Il s’inscrit à un week end de conférences, y fait venir Joe qui a quelque chose à lui dire. C’est le virage de la pièce.
Le texte de Pénélope Skinner est d’abord l’histoire d’un homme un peu perdu dans un monde qui change et où il ne se trouve plus sa place. Un homme un peu attachant, un peu ridicule, qui se cherche dans la victimisation et l’autocomplaisance. Un homme qui se retrouve dans les rets d’un retour de bâton conservateur, on est dans l’étude de cas qui simplifie et reste en surface. Jusqu’à son virage, là, c’est lui qui prend un nouveau retour de bâton, c’est lui qui va presser le cœur du spectateur. John Wayne n’a définitivement plus sa place dans les grands espaces de l’ouest américain. Un texte bien construit, ancré dans les sujets du temps sans trop approfondir les choses. Un double retour de manivelle qui se conclut un peu facilement dans le pathos.
Conçu par Guillaume Doucet et Bérangère Notta, le spectacle alterne les séquences jouées par Philippe Bodet et les vidéos tournées par Guillaume Trotignon. Des vidéos froides, loin des envolées délirantes des complotistes, leur forme rend crédibles des affirmations que le spectateur analysera plus tard. J’ai été très sensible au talent de Philippe Bodet. Habité par le texte, par le personnage de Danny, il lui donne une grande crédibilité. Il sait embarquer le spectateur dans une empathie mi moqueuse mi apitoyée, et presser son cœur jusqu’à la dernière goutte de sa sensibilité.
Bien sûr je me suis laissé embarquer, et bien sûr j’ai chaleureusement applaudi à la fin de la représentation. Je reste sur un arrière goût d’incomplétude, le texte m’a perdu dans son pathos final. Ce retour en arrière conservateur sous tendu de valeurs politiques ou religieuses nauséabondes, nous en voyons les traces tous les jours, il vise l’écrasement de « ceux qui ne pensent pas comme nous », pas seulement d’un pauvre gars perdu et dépassé. Au spectateur de poursuivre la réflexion ? Toujours.
Au théâtre de Belleville jusqu’au 30/03/24
Mercredi, jeudi, vendredi, samedi : 19h00; dimanche : 15h00
Durée : 1h15
Texte : Penelope Skinner – traduction : Guillaume Doucet
Avec : Philippe Bodet
Conception : Guillaume Doucet, Bérangère Notta
Visuel : Le Groupe Vertigo
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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2 réflexions sur “Backlash – Théâtre de Belleville”