
On est là : Pauline Sales décrit comment les discours utopiques et généreux qu’on tient à vingt ans transforment en réalité, se décantent entre action, parole et nostalgie. Un beau travail de troupe des apprentis du Studio | ESCA mis en scène par Paul Desveaux.
Sur la scène, une table en formica jaune, deux chaises. Charlotte est assise, qui sirote une Heineken en tapant un texte sur son Mac. Julien lit Libé en buvant un thé… Moi, je pense que c’est une erreur. Ça ne m’étonne pas.
Ils sont en couple, sans trop l’admettre, sans l’afficher. Julien est prof d’histoire, Charlotte sort de Sciences-Po, avec un groupe d’amis, elle forme le projet de vivre différemment, de racheter, ensemble et pour l’euro symbolique, une maison et ses terres dans le village où elle passait ses vacances, et d’y vivre en autonomie. Charlotte assumerait le coût des travaux sans revendiquer une part plus importante dans le capital de la SCI.
Les voilà dans la maison à travailler, rénovation et cultures. La Bascule, c’est son nom. Ils vont rencontrer leurs voisins, un couple d’agriculteurs avec deux enfants et une employée, croiser les habitants du village, les souvenirs de Charlotte, voir arriver des personnes extérieures diverses. Ils créent un lieu de discussions politiques, sont visibles. Petit à petit, pour certains d’entre eux, la parole devient action concrète. Plus tard, ils se divisent. Les agissants et les tièdes suivent leur chemin, le noyau dur de la communauté reste là.
On est là est la deuxième itération du processus de création du Studio | ESCA initié l’an dernier avec En répétition. Chaque année, choisir un sujet, former une troupe et commander un texte à un auteur contemporain, écrit pour les apprentis et monté de façon professionnelle.
Cette année, c’est Pauline Sales qui s’est livré à l’exercice. A travers des histoires individuelles qui se croisent, elle décrit comment l’utopie généreuse de la jeunesse se transforme chez certains en conscience politique, comment elle sédimente, comment les générations se renouvellent en se transmettant une histoire, une tradition. Il y a ceux qui s’inscrivent dans l’action, parfois ultra violente. Ceux qui choisissent de vivre différemment. Ceux qui en reviennent, dont certains resteront des révolutionnaires de salon. L’idéalisme appliqué, on pourrait mettre On est là en perspective de En prévision de la fin du monde et de la création d’un nouveau.
Je me suis laissé embarquer par le texte de Pauline Sales. On est là dure près de deux heures et demie, elle prend le temps d’entremêler des destins individuels, d’offrir à chacun son arc narratif plus ou moins poussé, plus ou moins surprenant.
La mise en scène de Paul Desveaux est rythmée et fluide, sans temps mort. Sur scène, peut-être pour certains la première fois dans un projet de cette ampleur, des jeunes gens qui ont choisi la scène, dont certains ont le potentiel d’occuper plus tard le haut de l’affiche. Avec le soutien de Lisa Schuster qui vient sans imposer sa présence, qui pose la distance de son expérience expectative, dans le texte comme dans son jeu.
C’est un beau travail de troupe, équilibré et bien dirigé, où chacun joue sa partition. Certains dévoilent une belle palette au fil de la pièce, d’autres sont plus monochromes, sans qu’on puisse trancher entre emploi ou direction d’acteur, l’avenir le dira.
Je suis sorti sans avoir vu le temps passer. On est là est un belle expérience, un beau moment de théâtre. Grâce à Paul Desveaux et à Tatiana Breidi qui portent cette expérience #2, on sera là l’an prochain. Grâce à Pauline Sales, On est là mérite de poursuivre sa vie sur scène. Grâce à toute la troupe. Aglaé Bondon, Jasmine Cano, Branwen Corbett, Bastien Fontaine-Oberto, Julien Gallix, Samuel Lagnier, Rose Noël, Vincent Odetto, Pierre Pauc, Léa Constance Piette, Louise Saillard Rezaire et Lisa Schuster, dont on suivra les prochains projets avec attention.
Au Studio | ESCA jusqu’au 03/03/24
Jeudi : 19h00; vendredi : 20h00; samedi : 18h00; dimanche : 15h00
Durée : 2h20
Texte : Pauline Sales
Avec : Aglaé Bondon, Jasmine Cano, Branwen Corbett, Bastien Fontaine-Oberto, Julien Gallix, Samuel Lagnier, Rose Noël, Vincent Odetto, Pierre Pauc, Léa Constance Piette, Louise Saillard Rezaire, Lisa Schuster
Mise en scène : Paul Desveaux
Compagnie : Studio | ESCA
Visuel : Paul Desveaux
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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