Orphelins – Théâtre de Belleville

Orphelins de Dennis Kelly au théâtre de Belleville : Martin Legros et Sophie Lebrun mettent en scène un incident qui se révèlera un crime raciste, qui fera exploser leur cellule familiale. Leur approche réfléchie contraste avec le texte instinctif. Trop, peut-être.

Sur la scène, une table dressée pour deux. Posés au fond, un microonde, une cafetière filtre, un téléphone. Et aussi le bureau de la régisseuse, ordinateur, texte, micro. C’est elle qui prend la parole, Bonsoir, pose le contexte, nous sommes dans l’appartement d’Helen et Danny. Waow t’as sorti ta robe !

Helen et Danny se préparent à passer une bonne soirée, Hélène est enceinte de leur deuxième enfant quand arrive Liam, le frère d’Hélène, couvert de sang. Il a trouvé, aidé un enfant dans la rue, il n’est pas clair. Plus ils creusent, plus il est impliqué, plus le passé leur remonte à la figure, moins ses intentions sont pures. Plus tard, Helen tordra le bras de Danny pour qu’il accompagne Liam, pour le protéger le silence doit être obtenu. Plus tard encore Helen chassera Liam de chez eux. Quand à l’enfant à naitre…

Dennis Kelly a écrit un huis clos entre trois personnages. Helen et Liam sont orphelins, leurs parents sont morts dans un incendie, ils ont été élevés par des familles d’accueil. Dont la dernière est décédée aussi. Quand Helen aurait pu être adoptée, elle a refusé. Liam vit d’expédients, dans la violence, ce n’est pas le plus beau crayon de la boite. Il cherche la considération, elle défend son frère à tout prix, jusqu’à ce que tout déborde. Tout se passe dans une banlieue populaire anglaise, une population contrastée dont les tribus s’ignorent au mieux, se battent sinon. Un texte brut, à l’os, une attaque raciste, un bouc émissaire de hasard. La description du glissement d’une classe sociale abandonnée vers une violence raciste expiatoire. Helen, Liam, Danny, trois personnages, trois ambiguïtés.

Martin Legros et Sophie Lebrun ont pris un parti fort en montant la pièce. Un dispositif tri-frontal, pour immerger le spectateur dans l’intimité de l’action, dans la petite cuisine d’Helen et Danny. Ça fonctionne bien. Je suis moins fan des interventions et annonces de la régisseuse, ni des interpellations du public. Elles cassent le rythme, brisent la dynamique.

Parti pris fort dans la direction d’acteurs également. Martin Legros donne Liam, animal, tripal, convaincant, qui m’a embarqué dès son entrée en scène. Sophie Lebrun est une Helen cérébrale, hitchcockienne, plus introspective que louve qui défend les siens. Pourquoi pas.

Un texte viscéral, instinctif qui va à l’os de son sujet, qui laisse le spectateur tirer sa conclusion. Une direction d’acteurs qui tire vers l’intellectualisation. Une mise en scène qui brise le rythme. C’est déstabilisant, pas totalement convaincant.

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Au théâtre de Belleville jusqu’au 28/12/23
Lundi : 19h00; mardi : 21h15; dimanche : 17h30
Durée : 1h25

Texte : Dennis Kelly
Avec : Julien Girard, Sophie Lebrun / Céline Ohrel, Martin Legros, Loreleï Vauclin
Mise en scène : Martin Legros & Sophie Lebrun

Visuel : Virginie Meigne

Dates de tournées sur le site de la compagnie La Cohue

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

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