Tangente de Nina Chataigner aux Déchargeurs (mise en scène Robert Rizo)

Tangente aux Déchargeurs : parce que parfois on a besoin de se souvenir que disparaître est un droit légal, une liberté qui nous est offerte et qui a son prix, ne serait-ce que pour savoir pourquoi on reste.

La scène est vide, un voile la sépare en deux. A l’avant, un homme en costume de ville, est debout, un autre assis sur un tabouret, veste de cuir, bonnet sur la tête. A l’arrière, une femme, une abondance de chromes, un guitariste. C’est un coup de feu au travail…

L’homme en costume est au téléphone. Noémie, sa femme n’est pas à la maison, les voisins ont entendu Marie, leur fille, pleurer, sont allés la chercher. Il a une réunion plus importante, il appelle sa mère, qu’elle aille s’occuper de Marie.

La pièce est posée. Il dégageait un ennui profond, un jour, elle est partie. Plus tard, on comprendra le prix qu’elle a payé, quelle prison elle a choisie en sortant de sa prison subie. Plus tard encore, Noémie s’exonérera de toute culpabilité, c’était un mal pour un bien.

On est chez monsieur et madame tout le monde, un couple banal, sans doute usé dès la rencontre. Ici, point de légende à écrire, ce n’est pas Véronique Samson qui, partant acheter des cigarettes, quitte Michel Berger pour Stephen Stills, où sont passées Les P’tites Femmes de Pigalle chères à Serge Lama ? On ne connaîtra d’ailleurs pas son nom à lui, on connaîtra celui de son patron, boucher.

Ponctués par la guitare de Lucas Frébourg, les monologues se succèdent. Lui, c’est Robert Rizo, un jeu très intériorisé. Noémie, c’est Justine Paillot, à la lassitude pétulante. Et puis Edouard Michelon, qui interprète les seconds rôles dans un joli numéro d’acteur plein d’empathie. Son Débarrasseur en tous genres est vivant, énergique, il choisit sa vie. Son policier désabusé en est presque amusant.

Même la lumière traduit l’ennui, qui laisse trop souvent les visages des personnages dans l’ombre, c’est presque gênant, on est au théâtre, les émotions passent aussi par les yeux des acteurs, on a besoin de les voir, pas de regarder une longue boucle vidéo.

Le spectateur sort de tout ça face à lui même. Disparaître de la vie de ses proches, il peut, c’est possible, et c’est autorisé, légal. Évidemment, il y a un prix à payer, comme pour tout. A partir de maintenant, s’il s’ennuie… c’est qu’il l’a choisi. Librement, et pleinement informé, il en fera ce qu’il voudra.

Au Théâtre des Déchargeurs jusqu’au 25/10/22
Dimanche – Lundi – Mardi : 19h00

Texte : Nina Chataigner
Avec : Justine Paillot, Edouard Michelon, Robert Rizo, Lucas Frébourg
Mise en scène : Robert Rizo

Visuel : Maxime Girard

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