La Cuisse du Steward – Jean-Michel Ribes – Rond Point

Allez savourer La Cuisse du Steward au Rond Point. La pièce déjantée de Jean-Michel Ribes date de 1990, dans la mise en scène échevelée de Joséphine de Meaux et Mériam Korichi, c’est une belle dose de Rire Plaisir à ne pas manquer.

La scène est blanche, couverte de neige, un totem d’objets hétéroclites et colorés, un amas en forme de fauteuil. Lionel s’assied, un gilet molletonné rose lui tient chaud à la tête. A mon avis, c’est une taupe.

Un avion s’est écrasé dans les Andes, Lionel et Yvonne sont les seuls survivants. Elle tient un salon de thé dans l’Eure, après trente ans de vacances à Pornichet, ils voulaient voir autre chose. Depuis deux mois, ils survivent et se disputent au sommet de cette montagne, en se nourrissant de ce qu’ils ont : des amandes grillées, du champagne demi brut en quart de bouteille, et les pieds des footballeurs qui étaient à l’arrière de l’avion et n’ont pas survécu. Il semble que le pied, ça ne tient pas au ventre, et pour Lionel, c’est une taupe qui a créé la cordillère des Andes.

Noël est dans six semaines, Yvonne conserve pour l’occasion la cuisse de Paul, le steward de l’avion, des protéines que Lionel pense bien utiles pour aller chercher du secours.

Bientôt arriveront un franco-suisse à barbe et casquette, libérateur auto proclamé du Putchicador, et un improbable artiste de variétés, venu chanter l’hymne du nouveau régime. Voilà ensuite un hélicoptère, qui dépose un militaire aussi galonné que médaillé, une ration bienvenue de protéines pour poursuivre le voyage.

Dès les premiers instants, les rires ont fusé dans la salle. Ils ne se calmeront pas.

C’est la dernière saison programmée par Jean-Michel Ribes au Rond Point, il y aura passé vingt ans, et ça fait du bien de se souvenir de ce qu’il faisait avant, avant d’être devenu un notable. La Cuisse du Steward a été créée en 1990, avec Jacqueline Maillan.

Ceux qui avaient trente ans en 1990 avaient encore à l’esprit la stupeur qui les avait saisis en découvrant en 1972 qu’une équipe de rugbymen uruguayens avaient survécu 72 jours dans les Andes en mangeant les corps de leurs compagnons décédés. La Cuisse du Steward, c’est le Général Alcazar (relisez votre intégrale de Tintin) parachuté dans cette anecdote cannibale, assaisonné à l’esprit corrosif de Jean-Michel Ribes. Ça y va, ça balance, c’est politiquement incorrect, ça tire à vue. Joséphine de Meaux qui reprend le rôle d’Yvonne et Mériam Korichi signent une mise en scène échevelée et colorée qui met en évidence la pétillance des mots et des situations.

Autour de Joséphine de Meaux, Bastien Ehouzan, Robert Hatisi, Martin Tronquart, Jean-Luc Vincent donne quatre personnages improbables qui prennent autant de plaisir à être sur scène que le public à assister à la représentation, les applaudissements seront longs et chaleureux.

Plus tard, Jean-Michel Ribes conceptualisera le Rire de Résistance. La Cuisse du Steward, c’est du rire, du bon rire, du rire plaisir. Dans notre monde où il faut faire attention à tout, le Rire Plaisir est un rire qui fait du bien, vraiment du bien.

C’est dur de vieillir, parce qu’on ne vieillit pas ? Laissez vous aller au Rire Plaisir, allez savourer la Cuisse du Steward.

Au Théâtre du Rond Point jusqu’au 9 octobre 2022
Du mardi au samedi : 20h30 – Dimanche : 15h30

Texte : Jean-Michel Ribes
Avec : Bastien Ehouzan, Robert Hatisi, Joséphine de Meaux, Martin Tronquart, Jean-Luc Vincent
Mise en scène : Joséphine de Meaux, Mériam Korichi

Visuel : Stéphane Trapier

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