Amore de Pippo Delbono – Théâtre du Rond Point

Amore au théâtre du Rond Point : Pippo Delbono et sa troupe bigarrée nous prennent par la main pour un voyage au pays l’amour en portugais, où l’âme et le sentiment se fondent en une belle poésie mélancolique.

La scène est tendue de rouge, un beau rouge, profond. Sur le côté, dans l’ombre, on distingue la silhouette d’un arbre décharné, penché. Le public s’est assis, Pippo Delbono en costume blanc entre dans la salle, s’assied à un pupitre. La lumière s’éteint. Sur la scène, une femme arrive, ses chaussures rouges et noires à la main. Elle commence à chanter.

Pippo Delbono prend la salle par la main, avec lui elle part pour un voyage au pays de l’Amour. Le spectateur qui a de la chance se laisse embarquer dès le premier instant, dès les premiers mots. Un voyage au Portugal, dans l’âme portugaise plutôt, la langue, la musique. Dans ce pays, l’amour est un sentiment, un état d’âme, un état de l’âme. On est au pays du Fado, quand l’énergie joyeuse rencontre la mélancolie. De l’autre côté de la frontière, il y a le pays du Flamenco, celui de la force, de la passion, où l’amour est un combat, c’est un autre pays.

Les tableaux s’enchaînent, toujours beaux. Chants, danses. Invitation à savoir aimer ceux qui sont différents. On est au Portugal, au Cap Vert, en Angola. Oui, l’Angola, où la puissance coloniale voulait effacer les langues locales, où les chansons en Kimbundu ne parlaient pas d’amour, sauf une, qu’Aline Frazao viendra nous offrir. Un voyage bigarré, l’amour dans ses contradictions, l’amour dictature.

Amore est un spectacle rare. Les tableaux s’enchaîne sur le fil conducteur de la voix chaude de Pippo Delbono. Assis derrière son pupitre, à peine éclairé par une lampe d’écolier, il raconte, donne au spectacle sa profondeur, sa perspective. Réflexion, poèmes. Les tableaux sont beaux, les artistes excellents, bravo. C’est la voix de Pippo Delbono, c’est la musique de son texte qui emmène le spectateur au delà de l’esthétique. Il parle en Italien de l’Amour au filtre de l’âme portugaise, le spectacle devient touchant, goose bumping, il prend son sens, au delà de la beauté, au delà de la maîtrise. On est ailleurs, dans un monde imaginaire, au pays de l’Amour sous toutes ses formes.

Si votre cœur n’a pas perdu sa capacité à se laisser toucher, allez voir Amore, laissez-vous embarquer pour ce voyage. Avec à côté de vous quelqu’un dont vous pourrez prendre la main. Sinon, à la fin du spectacle, quand vous aurez longuement applaudi, quand la lumière sera revenue, vous risquez de vous retrouver à avoir envie d’embrasser la personne à côté, parfaite inconnue qui s’est laissé embarquer dans le même élan.

Au théâtre du Rond Point jusqu’au 18 septembre 2022
Du mardi au samedi : 20h30 / dimanche : 15h00

Une création de : Pippo Delbono
Avec : Dolly Albertin, Gianluca Ballarè, Margherita Clemente, Pippo Delbono, Ilaria Distante, Aline Frazao/Selma Uamusse, Mario Intruglio, Pedro Joia, Nelson Lariccia, Gianni Parenti, Miguel Ramos, Pepe Robledo, Grazia Spinella

Visuel : Stéphane Trapier

A propos de Pippo Delbono :

Auteur, comédien et metteur en scène, Pippo Delbono est né à Varazze en 1959. Au début des années 1980, il fonde la Compagnia Pippo Delbono, avec laquelle il mettra en scène plusieurs spectacles aujourd’hui considérés comme des étapes marquantes du théâtre contemporain. Sa recherche poétique connaît un tournant majeur avec la rencontre de personnes et d’artistes issus de différents horizons ou vivant aux marges de la société : c’est ainsi que naît Barboni (Clochards) (1997, Prix spécial Ubu pour « une recherche théâtrale menée à travers l’art et la vie »). Depuis plus de vingt ans, les spectacles qu’il crée avec sa compagnie, fruit d’une recherche où confluent théâtre, poésie, musique, cinéma et danse, ont été représentés dans les théâtres et festivals du monde entier. Il a remporté de nombreux prix, parmi lesquels le Prix spécial Ubu pour Barboni, le Prix Italien de la Critique pour Guerra, le Prix Olimpici del Teatro pour Gente di plastica et Urlo ; en 2009, à Wroclaw en Pologne, il a obtenu le Prix Europe Nouvelles Réalités Théâtrales. En 2021, le Festival International de Théâtre d’Istanbul IKSV lui a décerné un prix d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

Note d’intention du spectacle :

Le projet est né de la rencontre et de l’amitié entre Pippo Delbono et le producteur de théâtre italien Renzo Barsotti actif au Portugal depuis des années, et de leur désir de créer ensemble un spectacle sur le Portugal. Ça c’est le point de départ de la recherche de Pippo Delbono sur les traces d’un mot, « amour », qui n’est pas seulement un sentiment, mais un état de l’âme. Un véritable engrenage dans le corps humain, qui sélectionne, déplace, brise et réassemble tout ce que nous voyons, que nous sentons, que nous désirons. Amore est un voyage musical et lyrique à travers une géographie concrète – qui, depuis le Portugal, passera par l’Angola et le Cap-Vert –, mais aussi une géographie intérieure, celle des cordes de
l’âme qui vibrent au moindre heurt de la vie. Les notes sont celles, mélancoliques, du fado, explosant en élans énergiques par la voix des chanteurs projetée de façon à atteindre chaque recoin de la salle ; le rythme est celui tantôt d’une parade, tantôt d’un tableau vivant, tantôt d’une lente procession ; l’image, un tableau qui change de couleur, se réchauffe et refroidit. Et puis il y a la parole poétique, scandée au micro par le timbre chaud de l’artiste italien, dans cette psalmodie hypnotique qui le caractérise. Les mots sont ceux de Carlos Drummond de Andrade, Eugenio de Andrade, Daniel Damásio Ascensão Filipe, Sophia de Mello Breyner Andresen, Jacques Prévert, Reiner Maria Rilke et Florbela Espanca. « Ce spectacle – raconte Pippo Delbono – présente une double vision de l’amour. D’un côté – et alors ce sont les textes qui prennent voix – nous nous mettons, tous, à la recherche de l’amour, en essayant d’échapper à la peur qui nous assaille. Dans ce voyage, on cherche à l’éviter, cet amour, même si nous en reconnaissons constamment l’urgence ; je le recherche, mais je le veux aussi, et c’est justement ça qui fait peur. Mais le chemin – fait de musiques, de voix, d’images – réussit ensuite, peut-être, à nous emmener vers une réconciliation, un moment de paix où cet amour pourrait se manifester au-delà de chaque peur singulière. » Ce qui unit ce montage émotionnel – qui ne sera jamais entièrement pacifié –, c’est une grammaire scénique où alternent le plein et le vide, le chant et la musique, la voix en direct et le silence, et qui cherche à donner une représentation onirique et élégiaque du ressac cruel entre détachement et retrouvailles. Le personnage principal, c’est l’absence, la distance, la nostalgie, une cartographie des émotions qui creuse dans l’âme de l’auteur, de ses interprètes et du spectateur lui-même, appelé à toujours chercher du regard ce qui manque et qui, inexorablement, tarde à se manifester.

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