Un juge – Théâtre de la Reine Blanche

Un juge à la Reine Blanche : Fabio Alessandrini nous renvoie à la différence entre loi et justice, en posant un regard critique sur le fonctionnement de cette dernière. Une belle performance d’acteur pour un vrai moment de théâtre

Sur la scène, un grand bureau, deux chaises. Fabio Alessandrini arrive du fond de la salle. Quelle est la différence entre la loi et la justice ?

Pour illustrer son propos, il prend l’exemple d’un spectateur au hasard, qui veut tuer sa femme, avec de bonnes raisons, mais qui, par peur de la prison, enferme ses pulsions. A ce monsieur qui a choisi sa prison, Fabio Alessandrini va expliquer comment l’application d’articles successifs de la loi italienne va lui permettre de passer à l’acte sans passer une seule nuit en prison. Une procédure plus rapide que celle d’un divorce et qui présente l’avantage, s’il est catholique, de lui permettre de continuer de communier.

Le spectateur est amusé de ce raisonnement, bien sûr hypothétique, rassuré d’être en France où bien évidemment tout ceci serait impossible.

Fabio Alessandrini va le prendre par la main, et l’emmener découvrir la réalité de la justice italienne, à travers l’histoire d’un juge. Il y a les études de droit, par tradition familiale, choisir de devenir juge pour échapper au destin notarial tracé par son père. La première affectation, dans un coin perdu de Calabre, sans aucun moyens sur une terre où la ‘Ndrangheta règne en maître. Les rares victoires, quand peu à peu il s’habitue à perdre. La mutation vers Palerme, la vie sous protection permanente, une protection étrangement retirée quand son enquête s’approche par trop du pouvoir.

Un juge qui garde le sens de sa mission, ce qui n’était pas une vocation est devenu une obsession, la sienne, celle du Juge Falcone.

Appuyé sur une scénographie imaginative, Fabio Alessandrini pose son regard critique sur le fonctionnement de la justice en général, et celui de la justice italienne, caricatural, en particulier.

Le spectateur français voudrait se rassurer, se dire qu’en France la justice de façon fluide… il se souviendra des échos de l’actualité, de prévenus libérés pour un fax sans papier, d’instructions terminées enrôlées à perte de vue, de personnes indemnisées pour la longueur abusive d’une procédure.

Il vient de comprendre que la justice et la loi sont bien différentes. Que la façon dont la loi est appliquée creuse cette différence. Que la justice tient par la vocation, l’abnégation et la bonne volonté de ceux qui s’échinent à la rendre.

Le parcours de ce juge composite, très bien servi par un Fabio Alessandrini habité par son sujet, s’appuie sur des faits réels, des témoignages de magistrats, et quelques œuvres de fiction.

Un beau moment de théâtre pour un regard critique sur le fonctionnement de la justice.

Au Théâtre de la Reine Blanche jusqu’au 01/05/22
Du mercredi au dimanche : 19h00

Texte + Jeu : Fabio Alessandrini
Regard extérieur : Karelle Prugnaud

Visuel : Grégory Le Périff

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