Variété – Rond Point

Variété au Rond Point : un spectacle joyeux et élégant, Sarah Le Picard, Florent Hubert, Anne-Lise Heimburger nous font revivre quinze ans de divertissement vus par le prisme de la télévision des années 60

La scène est aménagée comme un studio blanc. Un piano, un pianiste, deux cubes sur lesquels s’asseoir, quelques projecteurs. Denise aimait arriver la première, le matin, au studio.

Début des années 60, 121 intellectuels signent une tribune contre la guerre d’Algérie, Denise est dans son taxi, le chauffeur n’a pas la télé, il ira la découvrir chez son beau frère, puisqu’elle ne fait pas de politique. Variété, l’émission présentée par Denise, prend la forme de rencontres, trente minutes pour que son invité se livre, trente minutes de questions et de silences. Pour elle, la meilleure façon de faire parler quelqu’un est de l’écouter, de se taire.

Face à une Denise qui ne change pas, deux êtres improbables qui vont évoluer, grandir, sous son égide. Claude, pianiste catholique traditionaliste qui finira par composer des succès intemporels. Et Véronika, venue de Moldavie représenter la France à l’Eurovision, qui va se transformer en idole pop puis se perdre dans des arcanes conceptuels.

Il y a un côté Pastille Vichy dans Variété, qui fait renaître les sensations surannées de la télévision Noir et Blanc des années 60, avec ses poses affectées, ses mots bien séparés… le tout sous l’œil vigilant du politique. Une télévision qui fait et défait les carrières, elle le revendique, on voit évoquer Serge Reggiani, Maxime Le Forestier, Barbara, Jean Ferrat. L’époque du Tout le monde il est beau (Jean Yanne), qui se conclura par l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, le premier choc pétrolier et le Hamlet de Johnny Hallyday. L’époque qui va de Tom Pillibi à Et je m’en fous du grand amour.

J’ai apprécié la mise en scène, qui a la sagesse de ne pas céder à la mode de la vidéo, et la distribution contrastée, Sarah Le Picard, Florent Hubert, Anne-Lise Heimburger, ils sont tous bons, chacun apporte sa pierre à l’évolution de son personnage, la façon dont ils revisitent quelques pépites du répertoire. Improbables ? Non, juste plus intimistes.

C’est un spectacle joyeux, élégant, à prendre et à savourer au premier degré. Ils sont là, ils écrivent la petite histoire pendant que la grande se déroule en filigrane, l’Algérie, le droit des femmes au plaisir, mai 68 défilent en arrière plan, Denise cherche, elle ne cherche pas des sons, elle cherche des goûts, ceux qu’elle connaît, ceux qu’elle ne connaît pas.

Denise revendiquait de faire du divertissement. Divertir, faire penser à autre chose. Quelle est donc cette chose à laquelle il ne faut pas penser ?

Au Théâtre du Rond Point jusqu’au 27 mars 2022
Du mardi au samedi : 20h30 (21h00 les 11,12 et 26) – Dimanche : 15h30

Création : Sarah Le Picard
Avec : Anne-Lise Heimburger, Florent Hubert, Sarah Le Picard

Visuel : Stéphane Trapier

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.