L’Incivile

L’Incivile au Grand Parquet : A voir. Une pièce très riche, une pièce de troupe bien faite, dont le spectateur sort en poursuivant sa réflexion sur le sujet clivant du voile et du féminisme, sur les limites acceptables de la transgression, sur le rapport à la religion, à la tradition, sur…

Sur la scène, des tables de lycée, des chaises, jaune, beige, organisées en carré. Ah, salut Mylène. Salut Alain. J’voulais te dire que je vais laisser mon téléphone allumé. Mylène est CPE, Alain prof de SVT. Avant que le conseil de discipline commence, le quotidien est là, quel prénom pour ce bébé, Gaston, Marcel… et pourquoi pas Félix, comme le prof de philo.

Le lycée Jean Jaurès est un lycée symbolique, où vont les bons élèves, au prix d’un long trajet. Nour Belkacem est en terminale, elle est brillante, elle participe à l’atelier théâtre, choisi le monologue d’Antigone. Elle l’a joué en portant un voile qui appartenait à sa grand mère, la proviseure l’a stoppée. Le lendemain, dans la cour, elle est montée sur un banc, a repris son texte. L’institution réagit avec ses règlements, les hommes et les femmes qui la composent se divisent en fonction leurs convictions. Internet s’en saisit, l’Autorité suit, les chaînes d’infos alimentent la controverse, Nour passe en conseil de discipline.

Soyons clairs : L’incivile n’est pas qu’une pièce sur le voile. C’est une pièce en prend le prétexte pour alimenter la réflexion du spectateur sur la transgression, ses limites, ses conséquences. Sur le rapport à la religion, à la tradition, du rapport différent qu’on peut avoir à la religion qu’on pense connaître, à la religion qu’on ne connaît pas. Sur l’impact symbolique qu’on choisit d’associer, ou pas, à certaines traditions, et sur le rôle de facilitateur que certains symboles peuvent jouer pour passer plus facilement d’un univers familial tourné vers le passé à un univers personnel tourné vers l’avenir.

J’en ai savouré la mise en scène qui, dans un même décor et en un instant, transporte l’action dans l’espace et le temps, nous resituant en une phrase. J’en ai apprécié la façon dont chacun des personnages tient son double rôle, la personne privée face à ses convictions, le membre de l’institution dans sa posture. Une institution dont le fonctionnement est croqué avec justesse.

C’est une pièce de troupe dont certains membres alternent entre deux rôles, j’ai été particulièrement convaincu par Dan Kostenbaum, et par Laurent Barbot.

Et puis il y a Nour Belkacem, jouée par l’émouvante Anissa Daaou. Nour qui a joué le jeu, qui s’est emparé de son sujet avec passion et sincérité. Nour qui nous rappelle que le théâtre reste l’endroit où la transgression peut ne pas avoir de limites, nous invite à ne pas confondre la personne et le personnage qu’elle interprète. Nour qui a fait confiance à l’institution, et nous met face à ce à quoi ça l’a menée. Nour dont on oublie qu’elle n’est pas encore une adulte, qui est devenue un symbole malgré elle, qui devra trouver la sortie.

L’institution juge que Nour est allé trop loin en donnant voilée le monologue d’Antigone, qu’on ne peut associer voile et féminisme, et c’est là que le sujet Voile revient, l’emporte, comme d’autres sujets clivants, dans l’histoire, ont creusé des gouffres au sein des familles, des amitiés, des couples, un peu de mémoire vous les rappellera.

Est-ce que L’Incivile est à voir ? oui. Parce que c’est du bon théâtre, bien fait, qui saisit, qui fait frémir, qui fait rire. Oui, parce que L’Incivile nous rappelle aussi que derrière chacun des représentants de l’institution Education Nationale, il y a une personne, avec des valeurs, une vie, et que comme au théâtre, il en faut pas confondre la personne et le personnage. Oui, parce qu’on en sort invité à réfléchir.

A Grand Parquet jusqu’au 18/12/21
mar 7 déc à 19h, mer 8 déc à 19h, jeu 9 déc à 14h30 (scolaire), jeu 9 déc à 19h, ven 10 déc à 19h, sam 11 déc à 19h, dim 12 déc à 15h30, mar 14 déc à 19h, mer 15 déc à 19h, jeu 16 déc à 19h, ven 17 déc à 19h, sam 18 déc à 19h
Et ensuite :
12-13/01/22 : L’Azimut Antony, Châtenay-Malabry
20/01/22 : Scène Nationale d’Aubusson – Théâtre Jean Lurçat
17/05/22 : Théâtre de Charleville Mézières

Texte et Mise en scène Lauren Houda Hussein et Ido Shaked avec la complicité des comédiens
Avec : Charlotte Andrès, Laurent Barbot, Anissa Daaou, Lauren Houda Hussein, Dan Kostenbaum, Arthur Viadieu, Noémie Zurletti

Production : Théâtre Majâz

Visuel : Nicolas Martinez

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