Et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois

Un spectacle manichéen dont le premier degré laisse à désirer, intéressant à voir au second degré.

Sur la scène, un tableau blanc, sur lequel est dessinée une carte de France, plusieurs tables noires, un grand écran. Sur le sol, beaucoup de marques, qui annoncent autant de mouvement. Autour de la scène, des caméras, une régie de production.

« Là, c’est le cimetière ». Magali Chovet nous emmène dans le paysage de son enfance, la cité des Presles. Avec elle, on parcourt les rues, on croise des gens, surtout. Ses parents, qui dialoguent de fenêtre à fenêtre avec des lampes torches dans un Morse d’amour qui leur est propre. Ce jeune homme, qui voit une jeune fille jouer en bas, qui décide de l’épouser plus tard. Cette femme qui vient frapper à la porte des parents de la jeune fille, « Ta fille sort avec un noir ».

Tout part ensuite d’un reportage diffusé sur France 2, les femmes ne sont pas admises dans un bar de Sevran. La compagnie Légendes Urbaines, emmenée par David Farjon, va détricoter ce reportage, qui l’a fait, qui l’a demandé, pourquoi cet angle. Tirer le fil, comment l’information est manipulée, comment l’image a pris le pas sur la vérité. Avec une ligne de force, la vision que donne les médias de la banlieue est un mythe, au service de l’intérêt de certains, suivez mon doigt pointé vers le ministère de l’Intérieur.

Le titre de la pièce est annoncé comme étant la suite du célèbre « La France a peur » par lequel Roger Gicquel a entamé son journal le 18 février 1976 (https://www.ina.fr/video/CAA87014358), qui place instantanément le spectateur au cœur du sujet, la façon dont les médias présentent les faits a un biais fort sur leur perception par le public.

Et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois est un spectacle imparfait. Long et alambiqué, comme son titre. Militant et sincère, écrit et joué avec leurs tripes par une équipe passionnée et convaincue, il finit par se perdre dans ses méandres et son propre message.

Au premier degré, la pièce est manichéenne, il y a les bons et les autres. Elle navigue entre complotisme, cancel culture, victimisation et ostracisation.

Au second degré, c’est une plongée intéressante qui permet de comprendre comment vont fonctionner les mécanismes du premier degré : attaque de la personne, attaque de sa méthode, soupçon de manipulation, recherche des intentions cachées. S’il le faut, qu’elle reconnaisse qu’une fois au moins elle a été contredite suffira à mettre en doute sa parole, avoir eu tort un jour c’est avoir tort toujours. Et y a de toutes façon un moment dans sa vie où elle a été politiquement incorrecte selon les règles du jour, la voilà disqualifiée a priori. Qui essaie de répondre sera qualifié de détracteur, terme consacré pour qualifier la mauvaise foi qui rend le dialogue impossible.

La pièce finit par se perdre dans une interrogation nombriliste. L’acteur est-il légitime pour interpréter le rôle d’un journaliste, lui qui n’est pas journaliste ? Avec cette grille de lecture, le journaliste qui n’est pas issu de la cité n’est pas légitime pour en parler… et je ne suis pas légitime pour parler de la pièce.

Faut-il aller voir la pièce ? Si vous n’êtes pas sensible à sa lecture au premier degré, non. Peut-on aller la voir ? oui, parce que comprendre comment fonctionne ce type d’interlocuteur particulier est toujours utile.

Au théâtre Paris Villette jusqu’au 13 juin 2021
9-10-12 : 20h00 / 11 : 19h00 / 13 : 15h30

En tournée :
7-29 juillet 2021 : Le 11 Avignon – 18h40
3-4 février 2022 : Théâtre Gérard Philippe, Champigny sur Marne
24 mars 2022 : Théâtre Jacques Carat, Cachan
31 mars 2022 : Les Bords de Scènes, Juvisy sur Orge
2 avril 2022 : Espace Culturel André Malraux, Le Kremlin Bicêtre

Ecriture collective dirigée et mise en scène par David Farjon
Avec : Samuel Cahu, Magali Chovet, David Farjon, Sylvain Fontimpe, Ydire Saïdi, Paule Schwoerer

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