Plus grand que moi

Juste avant que son réveil ne sonne, qu’est-ce qui traverse la tête d’une trentenaire qui sera sur scène le soir ?

PlusGrandQueMoi (c) Stephane Trapier

Sur scène, un vélo d’appartement venu des années 80, posé devant un ventilateur, dans le panier avant, un choux romanesco. Un portant, avec une veste en fourrure. Un tub et son broc, en faience.

Dans le noir, une voix. Petite fille, tu dois grandir, démerde toi.

Elle s’imagine. Dans la lumière, devant des inconnus qui seraient dans le noir, dont elle distinguerait les yeux fixés sur elle.

Cassandre Archambault est née le 13 mai 1986 à Paris, elle mesure un mètre quatre-vingt un, et ses intestins huit mètres. Elle a aussi cent trois centimètres de doigts, quarante cinq centimètres d’avant bras, huit centimètres de majeur, vingt cinq centimètres de triangle équilatéral, elle a peur du noir et tout est plus grand qu’elle. Alors elle fait onze kilomètres sur son vélo, et parle.

Elle parle de la vie, malgré les ours blanc, malgré ceux qui frappent à nos frontières, malgré tout, elle trouve que la vie est belle, et elle trouve ça dingue. Elle a peur, et elle parle. A Zeus. De Tigran qui ne mesure qu’un mètre soixante quinze. Des spectateurs qui défilent et des actrices qui pourraient être à usage unique.

Quand la pièce a commencé, j’ai trouvé ça bizarre, je me suis un peu demandé où ça allait, si on n’allait pas tomber dans le pathos des angoisses d’une trentenaire.

Quand je suis sorti, j’ai eu l’impression de me réveiller. Pas d’avoir dormi, non, mais de me réveiller en ayant reçu ce dont Cassandre Archambault rêve le matin. Vous voyez, ce petit moment juste avant que le réveil sonne, où le rêve et la réalité se mêlent, où poésie et pragmatisme se mélangent, où la nudité n’est pas trash, où les pensées positives vainquent les angoisses. Ce moment où on sait que si on fait onze kilomètres à vélo avant que le réveil sonne, le monde sera plus beau et la représentation se passera bien. Ce moment où on rassemble ses différents morceaux pour retrouver le chaos de l’existence.

Pour une fois j’étais content d’être seul, de pouvoir marcher sous les arbres, dans la nuit, de faire le tour des fontaines du rond point. J’aime bien me réveiller tranquillement. Même du sommeil d’une autre.

Au delà de la vraie performance d’actrice, c’est la petite magie de ce spectacle, arriver à transmettre cette frange de temps.

Au Théâtre du Rond Point jusqu’au 28 avril 2019
Du mardi au samedi : 20h30 / dimanche : 15h30

Texte : Nathalie Fillion
Avec : Manon Kneusé
Mise en scène : Nathalie Fillion

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