Je demande la route

Un spectacle touchant, un humour fin, la vie d’une petite fille née au Burkina Faso, qui deviendra comédienne à Paris.

Route

Sur la scène, trois souches, le bas est écorcé, le haut est brulé. Une lampe à pétrole, une vraie, il n’y a pas de LED là dedans. Une natte rouge, un cahier d’écolier à la couverture verte, un peu roulé. Noir. Lumière. Roukiata Ouédraogo est allongée sur scène, elle écrit sur le cahier. Elle se lève, avance, les bras écartés, sourire éclatant.

« J’ai 8 ans ». Cheveux crépus comme un Jackson Five, accent à coupe au couteau. Elle a 8 ans, et composition. Chanson ou récitation ? Récitation. La cigale et la fourmi. Elle raconte. La rentrée des classes. Met en perspective le Burkina Faso et la France. L’enseignant qui a peur de ses 30 élèves et celui qui fait peur aux 180 siens. Le cahier qu’on efface (quand la gomme marche) parce qu’il peut resservir.

On va grandir avec elle. Partir en France, avec les chaussures de l’oncle ancien combattant, parce qu’en France il fait froid. Y arriver, subir l’orientation, découvrir les premiers voisins, le monde de Château Rouge. Croiser un policier antillais. Parler d’excision.

Toujours avec un humour. Le texte de Roukiata Ouédraogo et Stéphane Eliard évite avec finesse les pièges du pathos et de l’humour communautaire. On rit, on rit ensemble, on rit parce que c’est amusant, on rit sans se moquer. On rit franchement.

Et quand, dans la lignée de Michel Leeb, elle prend l’accent du petit européen qui revient de chez sa nourrice africaine, celui du petit africain qui revient de chez sa nourrice chinoise, on rit, ça fait du bien aussi, le politiquement incorrect, quand il s’amuse sans se moquer. C’est ça aussi, la mondialisation, intégrer ce qu’il y a de bon dans les usages des autres, la parenté à plaisanterie, qui règle les conflits par l’humour.

Pourquoi demander la route ? C’est la façon burkinabè de dire qu’on va y aller. La salle lui a donné la route, hier soir, une belle standing ovation, méritée.

Au théâtre de l’Oeuvre jusqu’au 24 avril 2019
Mercredi – 21h00
Et en tournée.

Texte : Roukiata Ouedraogo, Stéphane Eliard
Avec : Roukiata Ouedraogo
Mise en scène : Stéphane Eliard

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