Coupables

Dans une chambre, Quentin et Alexandre se retrouvent. Tour à tour, ils refont les dix dernières années, explorent la responsabilité de chacun, jusqu’à l’explication finale, violente, où le spectateur décidera qui, pour lui, est Coupables.

coupables

La scène de la Croisée des Chemins est petite, au contact des spectateurs. Le public entre dans la salle comme dans une (petite) chambre, pendant qu’il s’installe devant le lit, deux hommes s’y embrassent.

On évacue le sujet ? Oui, on voit deux hommes s’embrasser, se caresser, on voit des fesses, on aperçoit un sexe, et les rôles principaux jouent en caleçon pendant toute la pièce. Passé les « Ah oui ! », « Il faut oser », « Ah quand même », vous pouvez vous laisser embarquer par l’histoire.

Quentin a raté son train, il en a profité pour passer chez Alexandre, un ami / amour de faculté avec qui il est resté en contact / l’histoire n’est pas terminée. La pièce commence là, deux personnes se sont croisées pour un moment, ils ont cédé à l’envie physique du moment, ils trainent dans leur lit en discutant banalement. Ils parlent de Théo, troisième élément du trio d’inséparables qu’ils formaient à la fac, de Xavier, le plan cul du moment d’Alexandre.

Banalement jusqu’à la question de Quentin, « Depuis quand ça va pas ? », qui va changer l’ambiance, lancer le vrai sujet de la pièce. Quentin a trouvé une seringue dans les affaires d’Alexandre. Couches après couches, Quentin et Alexandre vont (se) raconter, (se) découvrir. Une année fondatrice en faculté, dix ans à plus ou moins longue distance, des (in)fidélités relatives, des demi-vérités successives, des vérités qui font mal. Une balle sur un flipper. Chacun réalise, prend conscience de sa responsabilité, fût-ce à distance, dans la vie de l’autre. Se sent coupable. Comme si les protagonistes de la trilogie de Lucas Belvaux se retrouvaient, se racontaient, se jugeaient.

Face à Alexis Bloch qui donne un Quentin manipulateur, parfois inquisiteur, tout en contrôle, Benjamin Gourvez est un Alexandre paumé, dont les émotions débordent. Jusqu’à l’arrivée de Mahmoud Ktari, un Xavier, sincère, presque trop gentil, qui sera là pour soutenir Alexandre dans l’explication finale.

A quelques minutes – sans doute nécessaires – près, la pièce évite le piège du pathos, de la lourdeur, c’est un moment dans deux vies, l’exploration d’une tranche de vie, la vie est comme ça, quand deux personnes s’expliquent, elles se jugent. Le texte est bon, adapté au moment de ces deux vies. Il est sincère. Passé les premières minutes de curiosité, j’ai été touché, ému. Je suis vraiment rentré dans la vie d’Alexandre, ses sentiments, ses blessures, ses fuites. J’ai vécu un bon moment de théâtre, de ces moments que j’apprécie, quand je repars avec le souvenir de la tranche de vie des personnages.

Le texte s’arrête au bon moment, laisse le spectateur trancher, qui est vraiment responsable, qui est, qui sont, Coupables.

Une pièce écrite et mise en scène par Alexis Bloch

A La Croisée des Chemins jusqu’au 3 mars 2018 – vendredi et samedi à 21h30

 

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