1984 – Théâtre de Ménilmontant

Entré (un peu) dubitatif dans la XXL du Théâtre de Ménilmontant, je suis ressorti glacé et bluffé par cette interprétation magistrale de 1984, le livre de George Orwell a pris forme sous mes yeux, un grand Bravo à Sébastien Jeannerot.

1984-affiche

Si vous n’avez pas lu 1984, le livre de George Orwell, lisez-le. C’est la description d’un monde totalitaire, qui lave le cerveau des gens dès leur petite enfance où il les embrigade dans un pimpant mouvement de jeunesse, un monde qui interdit la pensée personnelle, un monde qui interdit la pensée par tous les moyens.

George Orwell écrit en 1949, le monde sort juste de la deuxième guerre mondiale, le vaincu est le régime nazi, ses jeunesses hitlériennes, parmi les vainqueurs figure l’URSS, son régime stalinien, ses pimpants pionniers. Une dictature et un régime totalitaire ? Peut-être.

Au moment où je lis 1984, je lis en parallèle Désinformation flagrant délit de Wladimir Volkoff, comment les différents régimes ont modifié les photos d’archives pour faire coller le passé à la propagande du présent. Tous les régimes.

Quand vous aurez fini 1984, trouvez le livre de Volkoff (il en a écrit au moins trois sur le thème), 1984 ne serait pas une dystopie ni une uchronie, juste un trait un peu forcé ? Au moment où je lis le livre, le Cambodge est aux mains des Khmers rouges, le mur de Berlin n’est pas encore tombé…

Actuellement ? On peut se moquer du régime de la Corée du Nord et de son régime caricatural, on peut ouvrir les yeux, voir comment les polices de la pensée s’exportent, revivre les attentats de 2015, janvier, novembre. Les intégrismes ne sont jamais loin, ils frétillent à l’idée de se transformer en totalitarisme.

J’arrive chargé de tout ça pour voir 1984, me demandant un peu comment Sébastien Jeannerot a pris les choses.

Dès les premiers instants, j’ai la réponse. Il a pris les choses à bras le corps. Le spectacle commence sur une vidéo oppressante, la vidéo sera présente tout au long des deux heures que durera la représentation. A tort ou à raison, par leurs thèmes, la façon de filmer, l’usage du noir et blanc, les séquences vidéo m’ont renvoyé à THX 1138, un film réalisé par un certain Georges Lucas (à l’époque jeune réalisateur débutant), qui décrit là aussi un univers totalitaire et glaçant où l’amour est interdit.

Sébastien Jeannerot a pris les choses à bras le corps, il crée sur scène un univers oppressant, terrifiant. Bien sûr l’histoire est là, la trame du livre est suivie pas à pas. Elle est suivie et montrée, pas à pas. Dans une mise en scène sans filtre, parfois très crue, qui demande un vrai engagement aux acteurs. Qui lui demande, à lui, d’aller au bout des choses, de se mettre à nu, au propre comme au figuré.

Ce n’est pas vraiment une pièce de théâtre, d’ailleurs, il y a peu de dialogues, les choses sont montrées aussi souvent qu’elles sont dites, c’est presque un opéra parlé. Avec une scénographie parfaitement réglée, le décor joue autant que les acteurs, deux structures qui avancent, reculent, les murs froids d’une cellule, une chambre chaude et accueillante, le télécran omniprésent qui sort du mur, même quand il n’est pas là il est là.

Les séquences finales du livre, la torture, le retournement, l’exécution ? Elles sont là, toujours sans filtre. On est alors au delà du jeu, au delà du spectacle, le spectateur retient son souffle devant la performance de Sébastien Jeannerot, nu, ensanglanté qui s’expose sans aucun exhibitionnisme.

Face à lui, Bernard Senders donne un O’Brien cynique et manipulateur, on le verrait bien reproduire l’expérience de Milgram dans I comme Icare, Hélène Foin-Coffe une Julia amoureuse, naïve et touchante, elle est la touche d’espérance et de fraicheur.

Du début à la fin de la pièce, l’univers reste oppressant, glaçant, on doute de chacune des parcelles d’espoir, il n’y a pas d’espoir.

Enfin… en Océania, il n’y a plus d’espoir. Nous, on peut encore faire quelque chose.

Au théâtre de Ménilmontant – mardi et jeudi à 21h00 – jusqu’au 8 février 2018

PS : pour les incrédules : lisez Le commissariat aux archives – Alain Jaubert (1986). Une collection de photos officielles avant et après retouches.

 

 

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