
Le Mage du Kremlin à La Scala Paris : Roland Auzet adapte et prolonge finement le livre de Giuliano Da Empoli. Je suis sorti convaincu par l’adaptation et le jeu de la distribution, épuisé par l’agressivité du son et de la lumière
Sur la scène, de chaque côté, des canapés, des fauteuils, blancs. On aperçoit un piano, au fond. Le spectateur est ébloui, sol brillant, fond et côtés de la scène couverts de miroirs à mi hauteur, projecteurs orientés vers la salle. La distribution arpente la scène, la balaie. Qu’est-ce que je peux vous dire de plus ? La première fois qu’on a entendu parler de Vadim Baranov…
On est dans l’appartement de Vadim Baranov, où se déroule une belle soirée. Pierre Barthélémy, un journaliste français, le prend à part, arrive à le convaincre de lui raconter les coulisses de sa vie. Derrière l’artiste, derrière le saltimbanque, il y a l’homme qui a contribué au pouvoir du Tsar, de son arrivée à la guerre en Ukraine, en passant par le Koursk, la guerre en Tchétchénie, la révolution Orange… Pendant que la fête se déroule, Baranov étire pour Barthélémy les fils de l’arrière cuisine du Kremlin.
Roland Auzet a pris le roman de Giuliano Da Empoli à bras le corps pour cette adaptation au théâtre. La rencontre entre un journaliste français et l’énigmatique Vadim Baranov, l’éminence grise de Vladimir Poutine. Il raconte la fin des années Eltsine, la montée de Poutine. J’avais lu le livre, glaçant de réalité, à sa publication. Roland Auzet le poursuit, y intègre la guerre en Ukraine, la fin d’Evgueni Prigojine. Il prend, transpose, prolonge, le sel du livre y est, son esprit et sa finesse aussi. On en retrouve les grands moments, et toutes les lignes de force.
Cette superbe adaptation est servie par une belle distribution. On saluera le jeu tout en finesse de Philippe Girard, Baranov impénétrable. La performance d’Hervé Pierre, fantastique Berezovski, qui se voulait le marionnettiste et qui finit dans un exil doré, on savoure sa présence et sa voix. La subtilité d’Irène Ranson Terestchenko, pateline Ksénia. L’air tchéckiste de Karina Beuthe Orr. La palette d’Andranic Manet.
Malheureusement, les acteurs sont équipés de micros. Un choix regrettable, on perd les nuances des voix, elles semblent toujours provenir du centre de la scène et, surtout, le son salle était beaucoup beaucoup trop fort. Un gros bémol, également, pour la lumière, vive, éblouissante, face public. Est-il utile de de porter au théâtre les codes de TikTok ? Est-ce pour montrer la difficulté de percevoir la réalité à travers l’écran d’un smartphone ? Peut-être, mais sans la possibilité de régler le niveau du son ou de la luminosité. Les personnes sensibles aux bruits forts ou aux lumières vives, dont je suis, auraient mérité un avertissement, ou une paire de bouchons d’oreilles.
Le Mage du Kremlin est une dissection méticuleuse de l’ère post soviétique et des ressorts de Vladimir Poutine. Roland Auzet en fait une superbe adaptation, il intègre les événements qui se sont produits depuis la parution du livre. Je suis sorti de la salle avec un avis mitigé. Séduit par l’adaptation et le jeu de la distribution, captivé par cette plongée dans les entrailles du Kremlin, agressé et épuisé par le son et la lumière.
A La Scala Paris jusqu’au 03/11/24
Du mardi au samedi : 21h00; dimanche : 17h00
Durée : 1h40
Texte : Giuliano Da Empoli (adaptation : Roland Auzet)
Mise en scène : Roland Auzet
Avec : Hervé Pierre (Sociétaire de la Comédie-Française), Karina Beuthe Orr, Philippe Girard, Andranic Manet, Stanislas Roquette, Claire Sermonne, Irène Ranson Terestchenko
Compagnie : ACTOpus, compagnie Roland Auzet
Visuel : DR
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur http://www.jenaiquunevie.com
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Une réflexion sur “Le Mage du Kremlin : une adaptation captivante mais agressive de cette plongée dans les entrailles du Kremlin”