
Un certain penchant pour la cruauté à la Reine Blanche : Muriel Gaudin bouscule la vie ronronnante d’une famille bien pensante, chacun se laissera aller au penchant naturel de l’homme pour la cruauté. Une mise en scène subtile de Pierre Notte.
Sur la scène, des structures en bois, sur roulettes. On aperçoit un clavier. Les personnages entrent, s’asseyent. Christophe, debout, une brosse, deux tubes et une enveloppe à la main. Avec une pince à épiler, il prend des cheveux sur la brosse, pour les mettre dans le tube. Un, deux, trois, quatre, cinq… Il recommence avec ceux qui sont sur sa tête… Un, deux, trois, quatre, cinq… Un test ADN de paternité, donc. Oh là là, ça y est, il arrive demain…
Dans cette famille, il y a Elsa, la mère, Christophe, le père, Ninon, la fille. Et Julien, l’ami de la famille. Tous les vendredis soirs, Elsa prépare un rougail et Julien vient dîner. Tous les mardis soirs, Elsa disparait. Demain, Malik arrive, un migrant mineur recueilli par l’association d’une amie d’Elsa. Il va falloir s’adapter.
Le temps de la pièce, on suit l’intégration de Malik dans la famille, la révélation de la vie cachée d’Elsa dont tout le monde est au courant, et on aura le résultat du test ADN. Tous se laisseront aller au penchant naturel de l’homme pour l’auto complaisance et la cruauté, qu’elle soit douce ou violente, orientée vers soi ou orientée vers l’autre.
Cruauté, cynisme, caustique, le texte de Muriel Gaudin parcourt la gamme, elle est large, presque avec bienveillance, je n’ai pu m’empêcher d’éprouver une certaine tendresse pour chacun des personnages, sans en détester un seul. On reconnait la patte de Pierre Notte dans la mise en scène, on savoure sa subtilité amusée et son regard caustique. Et la distribution ? Muriel Gaudin, Benoit Giros, Emmanuel Lemire, Chloé Ploton, Clyde Yeguete. Clément Walker-Viry, et ses nappes de synthé. Ils sont tous bons.
Une femme tout dans le contrôle qui mène sa vie entre son image, le paraitre est essentiel, et ses angoisses, elles la minent. Un adolescent attardé, un hypocondriaque, une boulimique. Le terreau fertile de la bienpensance, quelle que soit sa couleur. J’y ai reconnu… Muriel Gaudin l’explore au rythme des méandres d’un fleuve qui serpente gentiment, sans vraiment bousculer ses personnages. J’ai apprécié de les voir évoluer, j’ai savouré la qualité de la direction d’acteurs. Un peu comme d’un curry subtil et fin, je me serais régalé d’un peu plus de cruauté.
La pièce est bonne, bien jouée, vous passerez un bon moment et ne sortirez pas déçus.
A La Reine Blanche jusqu’au 19/11/23
Mercredi, vendredi : 19h00; dimanche : 16h00
Durée : 1h20
Texte : Muriel Gaudin
Avec : Muriel Gaudin, Benoit Giros, Emmanuel Lemire, Chloé Ploton, Clément Walker-Viry, Clyde Yeguete
Mise en scène : Pierre Notte
Visuel : Kevin Boyer
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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