Le Poids du Mensonge – Manufacture des Abbesses

Le Poids du Mensonge à la Manufacture des Abbesses : une plongée dans les dernières heures d’un de ces menteurs pathologiques qui ont construit leur vie sur un faisceau de supercheries, et qui partent dans un bain de sang. Mitch Hooper signe un bon thriller, interprété par une belle distribution.

Sur la scène, une porte, un salon de jardin. Du bruit dans la coulisse, un coup de feu. Un cri d’enfant, Papa, un autre coup de feu. Georges sort dans le jardin, un fusil de chasse à la main. Il le recharge, l’embouche. Carole ? Georges ? Je vous réveille ? Ah, tu es là. C’est Marc, affolé. Sa femme Laurence l’a quitté dans la nuit, ils revenaient d’un diner dans ce même jardin. Quand les cœurs se seront ouverts, on entendra un troisième coup de feu.

Georges est un de ces menteurs pathologiques qui ont construit leurs vies sur un faisceau de supercheries et de mystifications, et qui, au moment où ils sont coincés, où la vérité va surgir au grand jour, préfèrent mettre fin à la vie de leurs proches plutôt que d’assumer leurs artifices. Jean-Claude Romand, Xavier Dupont de Ligonnès… Ils nous fascinent et on les déteste. Mitch Hooper fait assister le spectateur aux douze dernières heures de Georges.

Douze heures pendant lesquelles les vérités se font jour, les personnalités se dévoilent, l’histoire se réécrit. Je ne vous raconterai pas le détail de l’intrigue, ni ses divers rebondissements, je vous laisse le plaisir de les découvrir.

Le texte de Mitch Hooper est agile et bien écrit. On y trouve des bons mots qu’on aimera citer, une intrigue bien ficelée, la tension monte petit à petit. Les indices fourmillent ? A vous de les voir, de suivre leur piste. Vous aurez le double plaisir de comprendre avant le personnage, puis de savourer sa réaction quelques instants plus tard.

Si le texte est bon, la distribution est maline et efficace. Vous ne vous laisserez évidemment pas prendre au piège du reptile sournois que donne Julien Muller, et comprendrez tout ce qui se passe avant Anatole de Bodinat dont le Marc totalement dépassé est roulé dans toutes les farines possibles. Sophie Vonlanthen est Laurence, belle manipulatrice opportuniste. Et Carole ? C’est Anne Coutureau, ne la quittez pas des yeux, elle est magistrale dans ses rares mots, dans ses silences.

Le spectateur sort content. Il a ri, parfois. Frissonné, à d’autres moments. Il n’a jamais sombré dans le pathos, et il est fier d’avoir toujours su précéder l’action de quelques secondes.

Un vrai sujet de société, un bon texte, une belle distribution, Le Poids du Mensonge a tout pour rejoindre les pièces qui durent et qu’on voit remplir les salles saison après saison.

A La Manufacture des Abbesses jusqu’au 15/10/23
Jeudi, vendredi, samedi : 21h00; dimanche : 17h00
Durée : 1h40

Texte : Mitch Hooper
Avec : Anne Coutureau, Anatole de Bodinat, Julien Muller, Sophie Vonlanthen
Mise en scène : Mitch Hooper

Visuel : Olivier Thévin

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com