
Dernières Notes au Studio Hébertot : Guilhem Fabre nous fait revivre les dernières heures de Romain Rolland, entre piano et réflexions sur le monde. Un très beau spectacle, qui élève l’âme du spectateur et l’emporte dans les volutes de la réflexion
Sur la scène, un piano à queue, de ces pianos en bois ciré, qu’on trouve dans les salons des vieilles maisons. Sur un tapis, un grand fauteuil en cuir, une table basse recouverte de livres, une lampe. Tu vas être en retard, Masha. Nous sommes le 24 décembre 1944, Masha, la femme de Romain Rolland part assister à la messe de minuit à la basilique de Vézelay. Tu ne m’en voudras pas de ne pas t’attendre.
Sur un texte de Michel Mollard, mis en scène par François Michonneau, Guilhem Fabre nous fais assister à la dernière soirée de Romain Rolland. Plus tard, il montera se coucher, et ne quittera plus la chambre jusqu’à sa mort, six jours plus tard.
Dehors, il neige, il vente, les cloches sonnent. C’est une soirée presque comme une autre. Une soirée paisible, calme, qui invite aux souvenirs, à la réflexion. Un pèle-mêle où on croise Paul Claudel et la nostalgie d’une foi qu’il ne partage pas. Un courrier du préfet, vite déchiré. Un autre d’Aragon, mais Romain Rolland ne se renie pas. Et Stefan Zweig, Goethe, Peguy. La soirée d’un philosophe engagé.
On connait Romain Rolland, prix Nobel de littérature 1915. On connait ses positions politiques, sur la guerre. On se souvient moins qu’avant d’être connu comme romancier, il l’était comme historien de la musique, qu’il était un pianiste émérite. Il faut le talent de Guilhem Fabre, pianiste et comédien, premier prix du conservatoire, l’interpréter, pour que Romain Rolland nous emmène sur les traces de Beethoven, sur les deux notes, sol do, qui suffisent à contenir le monde. Pour que les idées qui viennent de s’envoler s’apaisent sur les notes de la sonate n° 32, dont on connait la difficulté technique et les caractéristiques visionnaires, sur le piano en bois ciré, l’inspiration est présente, profonde.
Quand la dernière soirée de Romain Rolland prend fin, les spectateurs applaudissent longuement Guilhem Fabre pour la pureté de son interprétation. Ils repartent, chacun sur son onde, musicale ou philosophique. Enchantés et convaincus par le spectacle auquel ils viennent d’assister. Un spectacle rare, de ces spectacles qui élèvent l’âme de leurs spectateurs.
Au Studio Hébertot jusqu’au 24/10/23
Jeudi, vendredi, samedi : 19h00; dimanche : 17h00
Durée : 1h15
Texte : Michel Mollard
Avec : Guilhem Fabre
Mise en scène : François Michonneau
Visuel :
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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