Jeanne de Yan Allegret : le conte tout en nuances d’une femme qui cherche le reflet de ce qu’elle est, parce qu’elle ne ne sait pas

Jeanne à L’Échangeur : Yan Allegret raconte la sidération qui saisit Jeanne, pas totalement partie de chez elle, qui sait qu’elle ne reviendra pas. Julie Moulier est fantastique. Un texte fin à savourer dans la mise en scène toute en nuances de l’auteur.

Sur la scène, un lampadaire. Au fond de la scène, en attente, deux tables, quatre chaises, une porte. Jeanne entre en scène, sous la lueur du réverbère. Éloi, dans la pénombre, il laisse des voice mails. Jeanne n’est pas allée à l’école chercher leur fils, on ne l’a pas vue à son bureau, il s’inquiète. Jeanne appelle. Éloi, c’est moi… Jeanne, tu vas bien ?

Ce matin, Jeanne n’est pas allée travailler. Elle a poursuivi sa route, s’est posée dans un hôtel, près d’un parc. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Elle s’est retrouvée expulsée de sa vie. Familiale et professionnelle. Elle aime toujours Éloi, son mari. Léo et Élise, leurs enfants. Elle garde un lien ténu avec eux, elle cherche. Elle croise un vieil homme, fasciné par les oiseaux. Lou Reed, sa voisine à l’hôtel, dont la chambre s’est transformée en un marais. Jeanne se trouvera.

J’ai à nouveau savouré le texte de Yan Allegret. Il raconte la sidération qui a saisi Jeanne. Le lien, l’amour qui la relie à Éloi, Léo et Élise. La force avec laquelle Éloi tient ce lien, jusqu’à ce qu’il en admette l’inutilité. Yan Allegret ne raconte pas un départ, il raconte un point de non retour. Il ne raconte pas un voyage, il raconte une imprégnation. Il raconte Jeanne qui se retrouve, qui croise le monde psychédélique de Lou Reed, le monde animiste du vieil homme. Comment le vieil homme lui montre le silence des présences autour d’elle. Lou Reed qui lui propose le reflet de ce qu’elle est, au cas où elle ne le saurait pas. Jeanne se trouvera.

Yan Allegret assure également la mise en scène. Un parti pris radiophonique, doux, pour souligner le texte, lui apporter la musique des voix et des bruits de la ville. Une belle mise en scène, sensible, avec quelques moments forts qui renforcent le côté conte. Un beau travail de direction d’acteurs, tout en nuances. Yan Allegret emmène le spectateur à l’os de son texte. Il ne décrit pas, il raconte. Nourri de ses mots et des émotions des comédiens, l’imaginaire du spectateur a le champ libre.

Sur scène, Julie Moulier est Jeanne. Elle est fantastique dans son travail de la voix et des postures. Autour d’elle, Olivier Constant rend la solidité qui emplit petit à petit Éloi. Olga Abolina, Lou Reed un peu chamane qui retrouve petit à petit une humanité. Yoshi Oïda, vieux sage bienveillant qui avance à pas mesurés. Ils sont tous excellents.

L’histoire de Jeanne, cette femme qui ne sait pas encore si elle veut partir, qui sait déjà qu’elle ne peut pas revenir, m’a une nouvelle fois saisi. Je me suis laissé emplir par ses émotions, j’ai exploré le monde psychédélique de Lou Reed, suivi le vol des oiseaux avec le vieil homme. Laissé infuser la reconstruction du monde d’Éloi.

Avec Jeanne, Yan Allegret offre au public un conte pour adultes. Un conte tout en nuances, qui prend le temps de s’installer. Un conte qui fait du bien.

A L’Échangeur Bagnolet jusqu’au 11/05/24
Du lundi au samedi : 20h30
Durée : 2h00

Texte : Yan Allegret
Avec : Julie Moulier, Olivier Constant, Yoshi Oïda, Olga Abolina
Mise en scène : Yan Allegret
Compagnie : Compagnie (&) So Weiter

Visuel : DR

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

Pour suivre au mieux toutes nos actualités, vous pouvez nous suivre sur TikTok, Youtube, Instagram, X, Threads, la chaine WhatsApp

Une réflexion sur “Jeanne de Yan Allegret : le conte tout en nuances d’une femme qui cherche le reflet de ce qu’elle est, parce qu’elle ne ne sait pas

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.