
Joséphine la cantatrice… à l’Échangeur Bagnolet : la dernière nouvelle de Kafka. Finement dirigée par Régis Hebette, Laure Wolf est remarquable. Un appel à retrouver la sagesse simple des peuples dont le soutien à son leader ne devrait jamais être inconditionnel
Sur la scène, des recoins, des passages, des meubles. Des chaussures à talon. Un carton à chapeau, un journal, un morceau de pain sur une assiette. Des vêtements. Une porte s’ouvre sur une souris grise. Elle commence à balayer. Notre cantatrice se nomme Joséphine. Qui ne l’a pas entendue ne connait pas le pouvoir du chant.
Le chant de Joséphine n’est pas véritablement beau. C’est le sifflement habituel des souris, en un peu plus faible, elle n’a pas la force. Si dans un groupe, on ne distinguerait pas le chant de Joséphine, ses concerts sont un moment de grâce, d’unité. Joséphine a beau être unique, irremplaçable, quand elle demande à ne pas travailler, le peuple dit non, et elle travaille. Joséphine fait du chantage ? le peuple fait la sourde oreille, petit à petit Joséphine disparait.
Chacun recevra le texte de Kafka à son filtre. J’y ai vu l’allégorie d’un peuple qui se consacre au travail dans un univers plein de dangers. Dans ce peuple, l’enfance est courte, la jeunesse n’existe pas, on nait adulte et on se met au travail. Le besoin de rêver, la raison d’être ? Le peuple des souris se choisit un leader. Une idéologie ou une religion ? Peu importe, le leader n’est qu’une souris banale. Le peuple des souris a la sagesse que le peuple des humains n’a pas, son soutien n’est pas inconditionnel. Quand les exigences de Joséphine deviennent trop fortes, le peuple des souris oublie Joséphine. Plus tard, certainement, viendra une autre Joséphine. Une souris banale, qui disparaitra à son tour quand ses exigences deviendront inacceptables.
Finement dirigée par Régis Hébette, Laure Wolf fait un travail remarquable. Dans sa blouse grise, perchée sur ses bottines, elle est souris. Son corps est souris. Une souris inquiète qui guette le danger, il est partout. Une souris travailleuse, si elle parle, elle nettoie, elle range, à son départ, la scène sera nickel. Une souris parfois humaine, qui sait prendre un instant de repos, un petit verre. Sa voix est souris. Une voix monocorde, dans laquelle on perçoit le sifflement habituel des souris.
En sortant, j’ai retrouvé le peuple des humains. Celui qui travaille, a besoin de se distraire, de rêver. Qui se laisse conduire par ses leaders, les idéologies, les religions. Dont le soutien peut être inconditionnel. Brrr… on frissonnait en sortant de l’Échangeur. Pourtant il ne faisait pas si froid.
Au Théâtre de l’Échangeur – Bagnolet jusqu’au 08/03/24
Du lundi au samedi : 20h30; samedi : 18h00
Durée : 1h10
Texte : Franz Kafka
Avec : Laure Wolf
Mise en scène, adaptation et scénographie : Régis Hebette
Compagnie : Théâtre L’Échangeur – Cie Public Chéri
Visuel : Ines Real
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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Une réflexion sur “Joséphine la cantatrice ou le peuple des souris – Echangeur Bagnolet : une fois encore, Kafka vous fera sourire, et réfléchir”