
Finlandia aux Bouffes du Nord : Pascal Rambert nous fait le cadeau de pouvoir assister à la grand mère de toutes les tempêtes conjugales, celle qu’on devrait tous vivre une fois dans sa vie. Avec l’éblouissante Victoria Quesnel et Joseph Drouet. Jouissif et jubilatoire.
Au fond de la scène, comme une boite, une chambre d’hôtel. Un grand lit, un frigo, une porte. Le radio réveil indique l’heure : 3h35. Les spectateurs s’installent, Joseph et Victoria sont allongés dans le noir. Elle bouge, se tourne. Il consulte régulièrement son téléphone. Il se lève, ouvre le frigo, allume une cigarette, sort un instant. Allume la lumière. Lève-toi.
Joseph est arrivé à minuit, il a conduit d’une traite de Madrid à Helsinki. Victoria joue dans un film, au matin elle tourne une scène essentielle. Nina, leur fille de neuf ans, dort dans la chambre d’à côté. Il est quatre heures du matin, Joseph explose, Victoria répond. A cinq heures, Nina les rejoindra. Silencieuse, elle attend la fin.
Joseph et Victoria. Une histoire d’amour presque banale. Comédiens tous les deux, ils se sont aimés à l’âge de la révolte, venus de milieux sociaux différents. Joseph, c’est le théâtre revendicatif. Victoria tourne dans de grosses productions. Si c’est Joseph qui a d’abord parlé d’enfant, c’est Victoria qui avait et qui rapporte l’argent. Avec le temps est venu le temps des jardins secrets. Finlandia, c’est le dernier combat du mâle archétypal contre la femme qui s’assume. Un combat qu’il doit perdre pour que la vie puisse reprendre. Une transition qui ne peut se faire dans le calme.
Avec Finlandia, Pascal Rambert décrit la grand mère de toutes les disputes conjugales, celle où tous les non dits, toutes les rancœurs, toutes les vérités sortent. Celle qui permet de repartir sur une base apaisée, de quelque façon que ce soit. Celle qu’on devrait tous avoir au moins une fois dans sa vie.
J’ai admiré le travail de Victoria Quesnel, éblouissante, explosive et charnelle Victoria. Son travail de la voix, du corps, l’intensité des émotions et des intentions qu’elle dégage. Un bloc. Face à elle, Joseph Drouet donne un Joseph aux éructations plus cérébrales, dont la mesquinerie manque parfois d’un poil d’ampleur quand il se pose en victime ou se fait prendre les doigts dans le pot de confiture. J’ai admiré leur travail de la voix, le débit mitraillette d’un texte initialement écrit en espagnol. Je suis plus réservé sur l’utilisation de l’espace scénique qui installe une distance entre les acteurs et le public, le texte passe, les émotions un peu moins.
Dans un de ses contes, Chrétien de Troyes décrit un jeune homme qui part pour devenir chevalier, à qui son père donne le dernier conseil de ne jamais donner son nom à qui que ce soit, donner son nom à l’autre, c’est lui donner le pouvoir de nous donner des ordres. Le jeune homme revient plusieurs années plus tard, fait chevalier, sans jamais avoir donné son nom.
Finlandia illustre ce pouvoir du nom qui assoit l’autorité. Jusqu’à l’arrivée de Nina, seul Joseph fait l’usage de Victoria, quand il s’adresse à elle, de Joseph, quand il la caricature s’adressant à lui, dans sa bataille pour conserver son pouvoir de mâle. Plus tard, dans une inversion des rôles, quand vient le temps de siffler la fin de la récréation, c’est Nina qui en usera, Papa, Maman…
Il y a plein de bonnes raisons d’aller voir Finlandia ? La performance de Victoria Quesnel. La transition entre deux mondes. L’autorité du nom. Parce qu’une bonne tempête pour le calme qui règne ensuite, ça fait envie.
Aux Bouffes du Nord jusqu’au 10/03/24
Du mardi au samedi : 20h00; dimanche : 16h00
Durée : 1h30
Texte : Pascal Rambert
Avec : Victoria Quesnel, Joseph Drouet et avec Blanche Massetat/Anna Nowicki/Charlie Sfez
Mise en scène : Pascal Rambert
Compagnie : Structure Production
Visuel : Pauline Roussille
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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Une réflexion sur “Finlandia – Bouffes du Nord : la tempête qu’on devrait vivre une fois dans vie”