Terrain Vague – Les Plateaux Sauvages : une histoire d’enfances, nostalgique et touchante

Terrain Vague aux Plateaux Sauvages : Florence Valéro va chercher l’enfant insouciant au fond du cœur du spectateur. L’histoire touchante de deux enfants des années 90 qui se recontacte longtemps après, sur fond de ces différences qui nous rassemblent.

Sur le sol de la scène, un grand carré de lino gris. Au fond, deux structures en bois, hautes, sur des roulettes. Sur le côté, une station de mixage, un micro. On entend des témoignages, des voix qui parlent de leur quartier, comme il était avant. Mohamed Bouadla entre en scène, Bonsoir, avant toute chose… quelques questions que les spectateurs pourraient avoir en tête, nous voilà en condition pour entrer dans le spectacle. Alors bon sur la phrase d’accroche, j’ai un doute, un méga doute…

Mehdi est pigiste à France Bleu Périgord, il couvre la destruction des tours du quartier où il a passé son enfance. Il y avait la cité d’un côté, et de l’autre les pavillons. Au milieu, un terrain vague. Dans un des pavillons, il y avait Mariette. Mehdi la retrouve sur les réseaux sociaux, reprend contact. C’est le début d’un dialogue, ils se racontent leurs souvenirs.

Ils se racontent le terrain vague, lieu de toutes les peurs et terrain de jeux. Ils se racontent les pavillons et la cité, deux classes de HLM différentes. Ils se racontent l’école, où les enfants se mélangeaient. Le carnaval. Béatrice, la petite sœur de Mariette. Le feu dans les herbes sèches, un interrogatoire d’anthologie. La paranoïa collective. Le chat de Madame Izaguire, et ses montecao. Les racines du père de Mariette.

Terrain Vague, c’est un peu de sociologie et beaucoup de tendresse. La peur de l’autre, celui qui est différent, qui vient prendre notre place. Cet autre qui n’est pas si différent, quand on le connait, il est naturel de lui tendre la main, de lui tenir la main, de lui prendre la main. Florence Valéro sort des poncifs et des bonnes intentions. Son texte est naturel, fluide, il raconte l’histoire de deux enfants, des six ans de Mariette à son départ à la fin de la cinquième, le temps des histoires simples et sans filtres. Deux enfants qui ne savent pas ce que sont les différences. Qui n’ont pas encore les réflexes conditionnés des adultes. En second plan, Terrain Vague raconte l’histoire de ces tours et de ces barres qu’on déteste maintenant, dont les habitants des bidonvilles rêvaient quand on les construisait, dans lesquelles se sont relayées des générations successives d’arrivants.

Sur scène, deux musicalités très différentes. Mohamed Bouadla est un Mehdi naturel et spontané, face à Florence Valéro qui donne une Mariette plus réservée, moins tonale. Accompagnés par Clément Séclin, régie plateau, guitare, et quelques personnages. Mis en scène par Pascal Kirsch.

Je me suis laissé toucher par ce Terrain Vague. Par la nostalgie de ces deux adultes qui renouent le lien vingt cinq ans après. Par le naturel de l’histoire de ces deux enfants, une histoire simple, vécue avant l’âge où les histoires sont compliquées. Par les nuances musicales du jeu de Mohammed Bouadla et de Florence Valéro. On a tous au fond du cœur un enfant qui courrait sans comprendre les peurs des adultes, sans vraiment savoir qu’il courrait vers son amour d’enfance. La force de Florence Valéro, c’est de le faire revivre pour un instant.

Aux Plateaux Sauvages jusqu’au 03/02/24
Du lundi au vendredi : 20h00; samedi : 17h30
Durée : 1h15

Texte : Florence Valéro
Avec : Mohamed Bouadla, Florence Valéro, Clément Séclin
Mise en scène et adaptation : Pascal Kirsch

Visuel : Pauline Le Goff

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

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