Hilda – Le Grand Parquet

Hilda au Grand Parquet : Emmanuel Ray dirige finement Mélanie Pichot, monstrueuse Madame Lemarchand imaginée par Marie Ndiaye. La chronique haletante d’une dominatrice frustrée qui devient vampire.

Sur la scène, une chaise Louis XVI, une carafe de whisky. Deux périmètres rectangulaires blancs. Un homme est assis, une sacoche de cuir brut sur les genoux. Une femme est couchée par terre, un verre à la main. Il se lève, elle se caresse les cheveux. Que voulez-vous ? Je suis Meyer…

Franck Meyer, le mari d’Hilda. Madame Lemarchand, qui veut employer Hilda pour s’occuper de ses enfants (qu’elle ne supporte pas), de sa maison, d’elle. Femme de peine, femme de servitude. Elle en a entendu parler, elle la veut, elle veut qu’elle soit sa servante définitive. A tout prix. Elle l’a. Du moins elle a son travail, sa conscience professionnelle. Quand elle voudrait son joie, son entrain. Alors elle va chercher son attachement. Elle se fait séductrice éconduite. Elle plie Hilda à sa sympathie. Pendant ce temps là, Franck touche le salaire d’Hilda. Il coule, voilà Corinne, la sœur d’Hilda, qui prend sa place dans leur foyer. A la fin, Hilda n’existe plus.

On ne verra pas Hilda, on ne parlera que d’elle. Six moments, six étapes du mécanisme d’une domination qui s’installe. Un thriller, pas une chronique sociale.

Madame Lemarchand est le vrai sujet de la pièce écrite par Marie Ndiaye, et c’est essentiellement elle qui s’exprime. D’abord caricature de la bonne conscience de gauche qui veut élever celle qu’elle n’appellerait pas sa bonne, elle se révèle manipulatrice, harceleuse, égocentrée. Il lui faut tout. Ce que l’argent peut acheter, elle l’a ? Il lui manque l’affection, le désir, deux domaines dont sont exclus son mari et ses trois enfants. En s’achetant Hilda, elle voulait s’acheter l’image d’Hilda, sa joie de vivre tranquille. Plus le texte avance, plus la face monstrueuse de Madame Lemarchand se révèle. De dominatrice frustrée, elle est devenue vampire, elle a détruit tous ceux qui l’entouraient. Elle voulait Hilda ? Elle l’a eue, et en l’ayant, elle l’a détruite.

Mélanie Pichot porte avec talent et mesure le rôle de ce monstre. Elle habite l’esclavagiste qui devient vampire, la harceleuse qui n’hésite pas à se poser en victime de l’absence d’affection de tous. Chacune de ses facettes se révèle tout à tour jusqu’à la scène finale. A ses côtés, Fabien Moiny donne un homme simple et bourru, qui ne pense pas bien loin, qui vend sa femme et la remplace.

La mise en scène d’Emmanuel Ray est millimétrée, dans un décor épuré, un son qui sait être crissant quand il faut, un pinceau de lumière. On sent la précision de sa direction d’acteurs.

Je me suis laissé embarquer dans Hilda comme on se plonge dans un bon thriller. Un round d’observation, et on se retrouve à tourner les pages jusqu’au bout de la nuit, incapable de le poser avant d’avoir connu sa conclusion, rarement joyeuse. J’ai savouré la monstruosité de Madame Lemarchand, les facettes successives portée par Mélanie Pichot, jusqu’au moment où la dominatrice frustrée est devenue vampire.

Au Grand Parquet jusqu’au 22/12/23
Jeudi, vendredi : 19h00
Durée : 1h20

En tournée : voir les dates sur le site de la compagnie Théâtre en Pièces Compagnie de Théâtre à Chartres

Texte : Marie Ndiaye
Avec : Mélanie Pichot, Fabien Moiny, Aude Béars
Mise en scène : Emmanuel Ray

Visuel : DR

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

En vidéo de 60 secondes sur Youtube et TikTok

2 réflexions sur “Hilda – Le Grand Parquet

  1. Avatar de Delemotte Catherine Delemotte Catherine 22 décembre 2023 / 19 07 41 124112

    Une pièce qui nous emmène de façon envoûtante, avec un jeu d’acteurs eblouissant. Une mise en scène d’une finesse remarquable… Un texte puissant, À voir absolument.

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