L’Échappée – Théâtre du Rond Point – un spectacle incongru, foutraque, à voir

L’Échappée au Rond Point : l’histoire foutraque d’un cercueil pas comme les autres, racontée par Philémon Vanorlé, un artiste un peu perché. Un spectacle savoureux qui embarquera les rieurs du premier degré et les introspectifs du second.

Sur la scène, deux mange-debout. Un long, sur lequel sont posés quatre présentoirs gris. Un petit, sur lequel est posé un ordinateur. Une caisse en bois noir. Un écran fait de planches. En short noir et chaussettes jaune éteint, Philémon Vanorlé va et vient sur scène. Bonsoir, je m’appelle Philémon Vanorlé, je suis artiste plasticien et je suis content de vous voir.

Dans les centres d’intérêt de Philémon Vanorlé, il y a les cimetières. Il le prouve immédiatement avec une collection improbables de photos de cimetières, qui déclenchent les premiers rires des spectateurs. Il y a aussi les limites qu’on peut avoir dans la conception de sa propre sépulture. La psychopompe est-elle admissible ?

En 2014, en Pologne, Philémon Vanorlé a fait fabriquer un cercueil d’une forme peu commune, il a les jambes en Y. En chêne, sans les poignées. Il l’a rapporté en France, un peu par hasard l’a mis en vente sur Le Bon Coin. A partir de là, le cercueil a vécu sa vie, et l’image du cercueil a vécu la sienne. Une sorte de tsunami. Deux vagues successives d’articles dans la presse. Nationale, puis internationale. Internet s’en mêle, en fait un mème, le cercueil devient porteur d’un nouveau sens moral, un homme qui écarte les jambes, c’est du manspreading, une femme qui écarte les jambes, c’est… bon, s’il ne fait pas bon écarter les jambes, la vision patriarcale… Pendant ce temps là, le cercueil l’objet attend, chez un collectionneur-réfecteur de véhicules utilitaires à la retraite qui se verrait bien enterré dedans. Voilà une nouvelle branche des aventures du cercueil qui commence, en pratique, on fait comment… pour que sa femme puisse être enterrée avec lui. Là, c’est Magritte qui lui sauvera la mise.

Au premier degré, c’est une histoire foutraque, racontée par un mec un peu perché. Les aventures d’un cercueil en Y et de deux passionnés barrés qui se demandent ce qu’ils peuvent organiser pour leurs obsèques. C’est passionnant, c’est drôle, ça embarque le spectateur qui accepter de se laisser surprendre par l’improbable, par la folie douce dont sont parfois capable la logique et la réglementation quand elles vont au bout des choses.

Au second degré, c’est une interrogation sur le sens de l’art, sur ce qu’est l’œuvre, est-ce le cercueil, l’idée du cercueil, le tsunami médiatique, le spectacle, un peu tout ça ? Une interrogation qui croise le chemin de l’humain placé face à sa mort, une perspective qui fige certains spectateurs qui semblent ne plus avoir que ce seul horizon.

Vous êtes premier degré, avec votre âme d’enfant prête à se laisser embarquer ? Vous êtes un introspectif du second degré qui ne manque aucune occasion de s’interroger sur le sens des choses ? Dans les deux cas, vous pourrez prendre votre pied à assister à ce spectacle aussi savoureux qu’incongru.

Au Théâtre du Rond Point jusqu’au 23/12/23
Du mardi au vendredi : 20h00 ; samedi : 19h00
Durée : 0h55

De et avec : Philémon Vanorlé

Visuel : Justine Pluvinargue

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

En vidéo de 60 secondes sur Youtube et TikTok

Une réflexion sur “L’Échappée – Théâtre du Rond Point – un spectacle incongru, foutraque, à voir

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.