La terre entre les mondes – Echangeur bagnolet

La terre entre les mondes à l’Échangeur Bagnolet : Jean Boillot met en scène le texte de Métie Navajo, avec un parti pris poétique et esthétique qui laisse le spectateur au carrefour de ses réflexions sur le monde et de ses émotions intimes

La scène s’inscrit dans un parallélépipède qui crée une perspective. A l’intérieur, deux chaises, un banc. A l’arrière, le tronc d’un arbre, debout… Voilà Abuela, couronne de fleurs, robe tradition… Ces gens-là viennent de loin, du continent d’Hernan Cortès et Cristobal Colon. Mais pas de l’Espagne ; plus au nord. Et des siècles plus tard...

On est dans une plaine perdue du Mexique, près d’un village Maya. Il y a Cecilia, son père est ouvrier, sa mère est partie, sa grand mère, vient de mourir, elle habite ses rêves. Il y a Amalia, mennonite comme sa mère et sa petite sœur. Les mennonites vivent selon la lettre de la Bible, s’approprient terres et forêts, cultivent un soja transgénique qu’ils vendent pour nourrir les animaux à l’autre bout du monde. Ils refusent le progrès qu’ils exploitent. Les mennonites donnent du travail aux mayas dont ils ont pris les terres, ne leur parlent pas. Cecilia et Amalia se parlent, partagent une même fascination pour la forêt au delà des plaines, la mer au delà de la forêt, la ville. Quand une ligne de train trace la disparition programmée de leurs mondes, elles partiront ensemble.

Il y a beaucoup de choses dans le texte de Métie Navajo. L’expropriation des populations indigènes, la déforestation,l’agriculture intensive, la mondialisation, l’aliénation par la religion, la transmission des rites et des croyances, la soif de vivre des jeunes filles quand elles deviennent des jeunes femmes, le bon sens des petites gens, l’omniprésence des cartels.

Jean Boillot a construit sa mise en scène comme une suite de tableaux poétiques et oniriques, cadencés par des noirs plateau qui cassent un peu le rythme. Son travail sur la lumière et la direction d’acteurs est particulièrement réussi, les acteurs jouent de leur présence autant que de leur ombre, sur la taille et les intentions de laquelle le spectateur peut projeter ses propres émotions.

Un spectacle paisible et poétique, esthétique, beau, qui laissera le spectateur au croisement de ses réflexions sur l’état du monde et de ses émotions intimes.

Au Théâtre l’Echangeur à Bagnolet jusqu’au 12/10/23
Du lundi au vendredi : 20h30; samedi : 18h00
Durée : 1h50

Texte : Métie Navajo
Avec : Lya Bonilla, Sophia Fabian, Christine Muller, Giovanni Ortega, Cyrielle Rayet, Stéphanie Schwartzbrod
Mise en scène : Jean Boillot

Visuel : Sylvain Martin – Square & Martin’s

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

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