Vêpres de la vierge bienheureuse au théâtre du Rond Point : un moment d’émotion pudique.

Vêpres de la vierge bienheureuse au Rond Point : un beau moment d’émotion, pudique, l’amour d’un papa pour son fils suicidé, qu’il conseille pour passer le Styx. Un grand merci à Paul Minthe pour sa belle interprétation du texte d’Antiono Tarantino.

Sur la scène, un muret, on peut s’asseoir contre lui sur un banc. Noir. On entend un chant d’oiseau, des pas sur des galets. Un homme arrive, il marche pesamment, porte une urne. Il s’assied, sa main cherche, se pose… Qu’est-ce que tu as été te noyer dans c’t’eau cagueuse...

C’est le père, qui parle à son fils, aux cendres de son fils. Non, pas le père. C’est le papa qui parle. Lui demande de tout lui raconter. Qui parle à son fils. Qui ne veut pas rester coincé.

Ce sont des petites gens, ils se débrouillent, ont des dettes, boivent parfois. Et la mère glapit, insulte, en veut à la terre entière. Le fils s’est senti différent, qui s’est travesti, prostitué, suicidé peut-être, qu’on surnommait la vierge bienheureuse, . Il lui reste un voyage, au pays de la mort, celui des grecs, le Styx. Pour arriver au fleuve, il faut passer ses gardiens, et ensuite traverser.

C’est un dialogue entre un fils et son papa. C’est un monument de dignité paisible.

Un monument de dignité paisible et fière. Paul Minthe est le papa. Il conseille, encourage, accepte. Sans se lamenter, sans s’apitoyer. Il encourage et rassure. Vas-y, comme tu es, comme tu étais, ça va bien se passer. Vas-y. Aisé. Les petites gens sont pudiques quand ils expriment peu leurs sentiments. Son jeu est juste, fin.

On est dans l’indicible. Un enfant est mort, qui a mis fin à ses jours, qui avait pris une direction méprisée par celle qui l’avait portée en son sein. Il n’y a aucun pathos dans le texte d’Antonio Tarantino, aucun misérabilisme dans le très beau jeu de Paul Minthe, ni apitoiement ni jugement. La mise en scène de Jean-Yves est aussi épurée que la scénographie, la lumière de Christian Dubet souligne avec douceur.

Et une infinie pudeur. Toute la pièce est un message d’amour. Sans que jamais les mots ne soient dits.

Je ne suis pas sorti bouleversé. Je ne suis pas sorti déçu. Je suis sorti ému. Touché. Autant par le texte d’Antonio Tarantino que par le jeu de Paul Minthe. Il y a les soirs où on crie bravo. Et les soirs où on dit merci. Les Vêpres de la vierge bienheureuse est de ces soirs, rares, où on dit merci.

Au théâtre du Rond Point jusqu’au 30 octobre 2022
Du mardi au samedi : 20h30 – dimanche : 15h30

Texte : Antonio Tarantino
Avec : Paul Minthe
Mise en scène : Jean-Yves Ruf

Visuel : Stéphane Trapier

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