Le Passager de la Terre

Le Passager de la Terre au Théâtre Libre : une pièce intéressante qui m’a embarqué à deux niveaux, la réaction de chacun face à l’impossible, la solitude de l’homme quand il doit en payer le prix.

Jean est professeur à Argelès, il vient de démissionner de son poste, il prépare son départ. Un groupe de ses collègues arrive pour un verre d’adieu impromptu. Jean s’en va parce qu’une d’entre eux a remarqué que les années ne laissent pas de trace sur lui. Jean va se dévoiler, il a un secret, il bouge régulièrement.

Sur la scène… un grand canapé, des cartons de déménagement, des rondins, tous dans des tons clairs. Blowin’ in the wind. Un homme range, un ami arrive. Ah d’accord, eh bien tu ne perds pas de temps. J’essaye.

Il raconte ses voyages, ses rencontres, il les emmène sur ses traces. Il fait face à l’incrédulité, à la curiosité, à l’amour, à la colère. Ses amis sont variés, en âges, en disciplines, en croyances, son histoire remet en cause leur savoir, leur foi, aucun n’est vraiment prêt à l’accepter, ni à le croire. Alors ils affûtent leurs arguments, pour ce qui est en première lecture une bataille d’idées, dont chacun sortira convaincu, conforté, ou troublé.

La pièce est une adaptation du film de Richard Schenkman, dont Jerome Bixby avait mis près de quarante ans à écrire le scénario. Rotem Jackman donne un Jean tout en retenue, pudique, intérieur, dont on ressent la lassitude. Entouré d’une distribution inégale dont le jeu a besoin de se polir, il raconte petit à petit son histoire, fait face aux réactions. Il ne cherche pas à convaincre ses collègues, pour une fois il ne s’enfuit pas, il dit au revoir. Il vide ses souvenirs comme il vide sa maison, pour aller de l’avant, avec humilité, en ne conservant que l’essentiel.

Jean m’a embarqué dans sa solitude, dans son besoin primal de se retrouver autour d’un feu, de parler, de trouver une épaule, avant de repartir, seul. Dans sa lassitude face au prix qu’il doit payer. Dans sa résignation de ne pouvoir y échapper, et les circonstances particulières font que celui de ce soir est particulièrement lourd. Dans la tentation d’accepter d’être aimé.

On peut sortir de la représentation avec les collègues de Jean qui se sont trouvés confrontés à l’impossible, le goût du vin (*) encore en bouche, en se rassurant d’un « Putain, il nous a bien eu avec son histoire ». Ou en sortir avec Jean, chacun reprend sa route, sans autre effusion qu’une bras sur l’épaule, un regard appuyé, accompagnés d’un « À la prochaine » qui vaut tous les mercis.

C’est le bouche à oreille qui avait fait le succès du film, puisse la pièce suivre le même chemin.

See ya, pal.

Au Théâtre Libre (salle Scène Libre) jusqu’au 3 janvier 2022
Lundi : 20h00

Adaptation et mise en scène : Rotem Jackman assisté de Margaux Jaeger
Avec : Iris Alb, Jean-Philippe Ancelle, Patrice Sow, Sylvie Huguel, Rotem Jackman, Cindy Berthelot, Alexis Rangheard, Stéphane Roux

(*) quand même… pour boire un Mouton Rothschild 1948 sans lui laisser le temps de s’aérer, il faut vraiment être enseignant…

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