Requin Velours : les mots impudiques de Gaëlle Axelbrun explorent l’après viol avec tendresse et poésie

Requin Velours au Théâtre Ouvert : les mots Gaëlle Axelbrun interrogent la réparation après le viol. Ils disent le besoin de justice, de vengeance et de consolation, l’impact du conditionnement social. Des mots impudiques quand la pudeur et la honte se confondent. Des mots poétiques et tendres à recevoir. Une autrice de talent à suivre.

Sur la scène, un ring de boxe, métallique, avec ses cordes blanc-rouge-bleu. Des accessoires, perruque, casquette, tête de cheval. Deux tabourets. Roxane est assise, chaussures surcompensées. Cette histoire sera nécessairement impudique, puisque je confonds la pudeur et la honte, en dynamitant l’une j’ai décapité l’autre. C’est une histoire dont il faudra inventer la fin, puisque comme tant d’autres, elle a été classée sans suite…

Avec ses mots directs, Gaëlle Axelbrun raconte le viol de Roxane. Elle pose une question, qu’y-a-t-il, précisément, à « réparer » ? Par quel moyen ? La réparation est-elle même possible ? Elle dit le conditionnement social, elle crie le besoin de justice, l’envie de vengeance, la douceur de la consolation, le pouvoir de dire VIOL, la nécessité de se réparer. Elle dit le longtemps avant autant que l’immédiat après, dans des scènes à la mise en scène très graphique, dansées, chantées autant que jouées. Elle dit la police, la justice, manichéennes, pour qui tout serait si simple si Roxane était une oie blanche minaudant son ingénuité. Elle dit Joy et Kenza, Les Loubardes, deux musiciennes rencontrées le soir même, les bras de Joy. Elle dit Roxane qui se vend.

Requin Velours est une histoire narrée autant que jouée, Gaëlle Axelbrun utilise les codes du théâtre, dans un dispositif tri-frontal immersif, et ceux du conte, où l’imaginaire du spectateur s’appuie sur les mots des comédiennes, se nourrit de leurs dialogues inétrieurs, pour visualiser cet univers d’une dureté impitoyable où la vengeance croise l’amour, où l’amitié pallie la justice.

J’ai apprécié l’enchainement de scènes très rythmées, servies par une distribution engagée. Mécistée Rhea est Roxane, engagée et talentueuse, elle efface la pudeur et la honte. Accompagnée des deux Loubardes, Cécile Mourier est Joy, Amandine Grousson est Kenza, elles sont sa chaîne de vélo, son cran d’arrêt, affutées. Immergées dans et soutenues par la création sonore de Maïlys Trucat et la lumière d’Ondine Trager qui soulignent les silences du public et les alternances conte/théâtre.

Au delà de la question de la réparation, au delà des trois facettes justice-consolation-vengeance, qu’elle traite en jouant avec des mots directs et des scènes crues, Gaëlle Axelbrun met le spectateur face à son conditionnement, ce conditionnement à la soumission dans lequel il a baigné, le bisou obligé au visiteur des parents, les chants entonnés dans les églises, l’ambiguïté même de cette soumission que Roxane apprendra à utiliser au fil de sa vengeance. Elle met la génération qui a appris, quoi qu’il arrive, à encaisser, à noyer sous une chape de silence, face à ce qui la tient.

Il y avait deux publics dans la salle. L’un a reçu Roxane telle qu’elle est, l’a soutenue de ses applaudissements nourris. L’autre, la génération qui encaisse, s’est blindée, l’a jugée, est rentrée chez elle choquée par la forme pour ne pas avoir à se poser la question du fond.

Requin Velours est une pièce violente, crue, impudique, parfois explicite ? C’est aussi une pièce pleine de poésie, de tendresse, d’amour. Requin Velours est une pièce qui raconte un viol, la réparation ? C’est aussi une pièce qui dit le conditionnement qui nous conduit à juger la victime autant que l’auteur des faits. Requin Velours est une pièce qui va vous rentrer dedans, autant sur la forme que sur le fond ? C’est exactement pour ça que vous irez la voir, et que vous suivrez le travail de Gaëlle Axelbrun.

Au Théâtre Ouvert jusqu’au 21/02/25
Lundi, mardi, mercredi : 19h30; jeudi, vendredi : 20h30; samedi : 18h00
Durée : 1h30

En tournée :
– 25-26-27/03/25 : Théâtre du Point du Jour, Lyon
– 29-30/03/25 : WET Festival, Tours

Texte : Gaëlle Axelbrun
Mise en scène : Gaëlle Axelbrun
Avec : Amandine Grousson, Cécile Mourier, Mécistée Rhea et la participation de Gaëlle Axelbrun
Compagnie : Sorry Mom

Visuel : Christophe Raynaud de Lage

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

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