
A la vie, à la mer, au Théâtre du Mouffetard : un texte à découvrir de Walter Bilirit, qui sent l’embrun et la mémoire oubliée, interprété et mis en scène par Julie Rossignol. Une lignée de femmes qui ouvre son secret ; le souvenir et le silence de l’absence des défuntes s’entremêlent pour libérer du non-dit la petite Rebecca devenue femme.
Sur scène, un bric à brac d’objets amassés, tel une montagne de souvenirs informes, une femme s’avance vers nous. Elle nous interroge, crier ou créer ? En maillot de bain, elle se lave le visage en nous confiant vouloir aider les fantômes à retrouver leur chemin. Très vite, Rebecca convoque pour nous, deux figures importantes de son enfance, sa mère et cette vieille, radotant toujours la même légende des Selkis, mais aussi Miranda, très complice des spectateurs et spectatrices.
Walter Bilirit, auteur méconnu, nous livre ici un texte « plastique » se jouant du temps qui passe, où présent et passé cohabitent volontiers, et dans lequel le non-dit se délie à travers l’absence et le souvenir. Il choisit la forme du conte et joue avec le pouvoir de suggestion du théâtre pour nous faire traverser le temps et les éléments via la légende des Selkies, ces êtres mi-femmes, mi-animales qui ne doivent pas perdre leur peau sous peine d’être prisonnières de celui-qui la détiendra. Cette métamorphose métaphorique n’est pas sans rappeler celle de Kafka. Mais cette mue-ci résonne avec la liberté, celle de ne pas se résigner à être mèr(e). Walter Bilirit joue aussi avec les mots, les éléments et les symboles, mais sans jamais les appuyer, laissant le sens ouvert à qui veut l’entendre.
Julie Rossignol s’est emparé de ce texte avec une certaine discrétion et authenticité. Elle choisit de convoquer les objets de ces fantômes du passé, laissant deviner que c’est à travers le regard que Rebecca, son personnage, leur porte au quotidien, qu’elle se souvient de son enfance. Le souvenir est ici libérateur et petit à petit nous devenons complice de ce qui la hante. Chaque objet est minutieusement choisi, et elle campe une Rebecca touchante, sans tomber dans le pathos. Elle livre une interprétation sensible de chacun des personnages, traversant les âges avec agilité. Nous la suivons jusque dans la mer où elle envoie cette vieille radotante de destinée, se perdre pour toujours. Julie Rossignol aborde les objets avec une fraîcheur qui lui permet de nous parler de la petite Rebecca, elle défend un théâtre de la suggestion, qui de sa fragilité, déploie la force de l’évocation et de la catharsis. Les images qu’elle esquisse par son corps ou le déplacement des objets sont simples, peut-être un peu trop, elles auraient pu le rester tout en proposant une esthétique plus fouillée, il me semble. Les mains qui se déposent sur les objets pourraient trouver une profondeur encore plus grande, il me semble aussi.
J’ai apprécié le dépouillement laissant place à l’imaginaire et refaisant apparaître le pouvoir évocateur du théâtre. J’ai savouré ce moment comme une discrète libération, un besoin de dire quelque chose d’intime, qui peut parler à toutes, plus particulièrement.
Angèle Lemort
Au Théâtre Le Mouffetard – Centre National de la Marionnette jusqu’au 01/02/25
Du mardi au vendredi : 20h00; samedi : 18h00; dimanche : 17h00
Durée : 1h00
En tournée :
– 07/02/25 : Théâtre Le Château, Barbezieux (16)
– 13/02/25 : La Coupe d’Or, scène conventionnée de Rochefort (17)
Texte : Walter Bilirit
Mise en scène et interprétation : Julie Rossignol
Compagnie : Le Toc Théâtre
Visuel : Walter Bilirit
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur http://www.jenaiquunevie.com
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