
Les Essentielles : un abattoir, un accident. Mécanique poussée aux limites, relations sociales dans l’entreprise, flux de futilités dont bruisse notre environnement, Faustine Noguès dit la violence, avec la lucidité acre d’un Fernando Arrabal mâtinée de l’imaginaire de Patrick McGoohan
Dans l’ombre, on entend des bruits mécaniques, des bips, le son d’un process qui tourne. Des battements venus du Dark Side of The Moon. Un cri, le silence. Sur la scène qui s’éclaire, des murs carrelés, des poteaux, des rails. Au crochet d’un palan, un corps sanglant, des cheveux longs qui pendent.
Les Essentielles se déroule dans un abattoir. Une femme a été emportée par le process et les cadences, son corps est accroché en hauteur, ses collègues improvisent une grève, face à une direction impuissante et soumise aux diktats d’un actionnaires, le Possesseur.
Les Essentielles est une pièce qui se reçoit à plusieurs niveaux. L’essentiel, la description précise, presque documentaire, de la violence qui règne dans un abattoir. L’intitulé des postes, les gestes répétés des centaines de milliers de fois, l’usure des corps, les cadences. Tout y est, sans exagération, ce qui contraste avec la vision que Faustine Noguès donne de la direction et du Possesseur, là on est dans la caricature boursouflée. La scène finale de la pièce en élargit à nouveau le champ, on sort de l’abattoir, on retrouve le monde, et la nausée que le spectateur vient d’éprouver trouve une nouvelle aigreur.
J’ai trouvé dans Les Essentielles la lucidité violente et l’humour acre de Fernando Arrabal, mâtiné de l’imaginaire et du rythme du Prisonnier de Patrick McGoohan. J’ai savouré le travail de la troupe qui ventriloque ses revendications, la partition fantomatique et agile d’Estelle Borel, le travail choral de Caroline Menon-Bertheux, Alexandre Pallu, Armande Sanseverino et Martin Van Eeckhoudt qui donnent leur sensibilité aux ouvriers de l’abattoir, l’engagement corporel d’Odja Llorca la Directrice, la capsule de Faustine Noguès qui vient raccrocher la pièce dans notre environnement qui bruisse de futilité et de désinformation.
C’est sa conclusion qui donne tout son sens à la pièce. Comment le propos, jusque là intemporel voire daté, doit-il trouver son chemin dans un flux qui n’a plus le temps ? A coup de réalisme chirurgical ? En boursouflant la caricature ? En tombant dans le sanguinolent ? Faustine Noguès vous laisse répondre.
Au Théâtre de la Cité Internationale jusqu’au 16/12/24
Durée : 1h20
En tournée :
19-20/12/25 : Théâtre Dijon Bourgogne
28/03/25 : Théâtre André Malraux, Chevilly-Larue
03-04/04/25 : EMC – Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge
10/04/25 : Théâtre Jacques Carat, Cachan
15-16/04/25 : Château Rouge, Scène conventionnée, Annemasse
Texte : Faustine Noguès
Mise en scène : Faustine Noguès
Avec : Estelle Borel, Odja Llorca, Caroline Menon-Bertheux, Faustine Noguès, Alexandre Pallu, Armande Sanseverino, Martin Van Eeckhoudt
Compagnie : Compagnie Madie Bergson
Visuel : Nadia Diz Grana
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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