No More Tragédie My Love : dix ans après leur rupture, une fille parle à sa mère

No More Tragédie My Love à La Reine Blanche : finement dirigées par Alexandre Cordier, Camille Legrand et Audrey Evalaum disent avec talent le trou béant entre une fille et sa mère, l’amour qui peut le combler tant que les cœurs ne sont pas pétrifiés.

La scène est vide, noire. Dans un angle, un petit bureau, celui de Madame Zerma, voyante sur les réseaux sociaux, ce soir elle accueille Mila dans son live, Hello les boys and girls…

Mila, c’est la chanteuse, Camille à la ville, 26 ans, six disques dont cinq de platine. Côté face, le succès. Côté pile, les excès, l’auto destruction, la solitude. Camille est partie de la maison familiale une nuit, elle avait dix sept ans, voulait échapper à la vie que son milieu lui promettait. Aujourd’hui elle revient dans les rues de son enfance pour y croiser sa mère, lui dire ses rancœurs, ses vérités, l’étouffement, le besoin qu’on prenne sa main. Sa mère l’écoute, répond. Elles se disent le passé, la rupture. Elles se disent le besoin, le manque.

Au delà de la scène d’ouverture chez Madame Zerma, le monde des réseaux sociaux, ses exagérations, ses outrances, auquel Mila participe sans que Camille s’y sente chez elle, No More Tragédie My Love, écrite et mise en scène par Alexandre Cordier se compose essentiellement de deux longs monologues, deux morceaux de bravoure auxquels Camille Legrand, Camille, et Audrey Evalaum, la mère, s’affrontent tour à tour.

Le lien familial qui se rompt quand l’enfant transfuge sort de la classe sociale de ses parents, le sujet est régulièrement traité, il peut même être consacré par un prix Nobel. La qualité du texte d’Alexandre Cordier, c’est de donner successivement la parole à la fille et à la mère, elles ne se disputent pas, elles ne s’affrontent pas point à point, elles ont le temps de dire, elles ont le temps de recevoir.

J’ai apprécié la finesse du jeu de Camille Legrand et d’Audrey Evalaum. Un superbe travail de direction d’actrices, un jeu tout en nuances, nuances de la voix, nuances des regards, des expressions, des postures. Pas de scénographie exubérante, pas de scène arpentée à coups d’éclats de voix, leur présence n’a pas besoin d’artifices. Leur jeu prend son temps, va au fond, le contraste avec la séquence excitée et superficielle chez Madame Zerma prend son sens.

Une fille, une mère, elles se disent le trou béant que la colère a creusé, que l’amour pourrait combler. Quand c’est encore possible, quand les cœurs ne sont pas encore pétrifiés. A voir à La Reine Blanche.

A La Reine Blanche jusqu’au 20/12/24
Mercredi, vendredi : 21h00; dimanche : 18h00
Durée : 1h15

Texte : Alexandre Cordier
Mise en scène : Alexandre Cordier
Avec : Audrey Evalaum, Camille Legrand / Garance Morel, Alexandre Cordier
Compagnie : La Mission

Visuel : DR

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

Pour suivre au mieux toutes nos actualités, vous pouvez nous suivre sur TikTok, Youtube, Instagram, X, Threads, la chaine WhatsApp

Une réflexion sur “No More Tragédie My Love : dix ans après leur rupture, une fille parle à sa mère

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.