
Rien ne me sépare de la merde qui m’entoure au Lavoir Moderne Parisien : un texte viscéral et subversif de Virginie Despentes, la forme d’un opéra dyschronique imaginée par Véronique Ros de la Grange qui s’appuie sur le talent bluffant de Furioza. Sur le fond, sur la forme, un coup de poing tripal
Sur le mur du fond de la scène, des affiches, des slogans, comme ceux qu’on voit dans les endroits en déshérence qui ont été récupérés. Une batterie, un clavier. Un poteau, quatre caméras. Les artistes arrivent, masqués, se mettent en place, enlèvent leurs masques… J’ai l’impression de vivre… avec dix mille keufs dans ma tête…
Écrit dans le contexte particulier du Covid et du premier confinement, le texte de Virginie Despentes raconte un monde où les épidermes ne sont pas des frontières, où tous les êtres humains sont reliés, où, quand on a le courage de dire, la liberté, telle le virus, contamine. Où la révolution passe par la douceur. Une révolution qui vise à abattre les puissants qui lèguent leur pouvoir de destruction à leurs enfants. Pour que le patriarcat s’efface, qu’il reste une race humaine et rien d’autre. Un discours intemporel, porté par chaque nouvelle génération, un message d’alerte, si la génération de Virginie Despentes ne voulait pas vraiment changer le monde, la génération actuelle n’a plus le choix, c’est sa survie qui est en jeu. Un discours tripal, subversif, parfois trash. Ceux qui les aiment retrouveront les mots de Virginie Despentes sur le choix qui s’est imposé dès l’aube de l’agriculture, troquer la liberté contre la sécurité, voilà que les deux disparaissent.
Véronique Ros de la Grange s’est emparée des mots de Virginie Despentes. Appuyée sur les musiques de Furioza et de Béatrice Graf, elle les met en scène dans une sorte d’opéra cosmique, accompagnée de Jacques Michel, les mots sont dits, dansés, slamés, chantés. Un spectacle multiforme qui prend aux tripes, un coup de poing artistique.
Le parti pris de Véronique Ros de la Grange m’a embarqué bien amont des chasseurs-cueilleurs, peut-être les derniers à avoir plus de liberté que de sécurité. Elle m’a embarqué vers le temps d’une soupe d’organismes mono cellulaires, l’algue bleue peut-être, qui recevrait l’alerte d’un lointain futur.
Rien ne me sépare de la merde qui m’entoure. Le titre dit tout, le constat devient un programme. Sous la gangue un peu provocatrice, une alerte tripale portée par un opéra dyschronique. Les mots de Virginie Despentes sont clivants, sur la forme, sur le fond. Véronique Ros de la Grange, appuyée sur le talent bluffant de Furioza, leur donne la forme d’un opéra dyschronique. Sur la forme, sur le fond, un coup de poing.
Au Lavoir Moderne Parisien jusqu’au 13/10/24
Du mardi au samedi : 19h00; dimanche : 15h00
Durée : 1h00
Texte : Virginie Despentes – Musique : Furioza, Béatrice Graf
Mise en scène : Véronique Ros de la Grange
Avec : Furioza, Béatrice Graf, Jacques Michel, Véronique Ros de la Grange
Compagnie : Où sommes-nous / Hybrides & Compagnie
Visuel : DR
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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