Molly ou l’Odyssée d’une femme : la délicatesse d’Hélène Arié, le monument de James Joyce, un grand moment de théâtre

Molly ou l’Odyssée d’une femme à l’Essaïon : la délicatesse du jeu d’Hélène Arié, la musique de sa voix, le rythme de sa respiration. Le spectateur ressent le monologue de Molly Bloom qui clôt Ulysse de James Joyce, il le reçoit comme un tout. Un grand moment de théâtre.

Sur la scène, un fauteuil rouge, un repose pied, une tablette. Une cloche résonne. Molly Bloom arrive, à petits pas. Oui parce qu’avant il n’avait jamais fait une chose pareille…

Au milieu de la nuit, Molly Bloom ne dort pas. On est le 16 juin à Dublin, son mari Leopold vient de rentrer, il s’est couché, Molly laisse filer ses pensées. Oui, le dernier chapitre d’Ulysses de James Joyce. Soixante pages compactes. Huit paragraphes, pas de ponctuation. Un monument pour clore un livre considéré comme un des livres les plus importants de la littérature moderne. Une déclaration d’amour sulfureuse. Un cri de liberté. Il faut oser s’y attaquer. Soixante pages qu’on lit à son rythme, qu’on analyse, qu’on détaille.

Hélène Arié a osé, il faut l’en remercier et rendre grâce à son talent. Bien sûr, elle dit les mots de James Joyce, ces mots sensuels, parfois crus. Bien sûr elle incarne le réalisme de Molly Bloom. Il faut entendre les mots qu’elle dit avec une grande délicatesse, il faut entendre la musique de sa voix. La virtuosité d’un solo de violon. Il faut se laisser emplir par le rythme de sa respiration. Il faut percevoir la naïveté sensuelle, le corps de Molly Bloom, ses émotions, ses plaisirs. Une mise en scène au cordeau, d’Hélène Arié et Anthony Cochin. Le spectateur a délaissé l’analyse du texte pour le ressentir.

Quand résonne le Oui final, le spectateur a vu le texte de James Joyce prendre un relief inattendu. Emporté par la délicatesse d’Hélène Arié, il l’a, peut-être pour la première fois, ressenti le monologue de Molly Bloom comme un tout. C’est un grand moment de théâtre, un spectacle rare à savourer.

A l’Essaïon Théâtre jusqu’au 02/07/24
Lundi, mardi : 21h00
Durée : 1h00

Texte : James Joyce (traduction et adaptation : Hélène Arié)
Mise en scène : Hélène Arié, Antony Cochin
Avec : Antony Cochin
Compagnie : Hélène Arié

Visuel : DR / Hélène Arié / Caroline Tillié

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

Pour suivre au mieux toutes nos actualités, vous pouvez nous suivre sur TikTok, Youtube, Instagram, X, Threads, la chaine WhatsApp

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.