Un grand singe à l’Académie de Jade Duviquet : Cyril Casmèze, comédien zoomorphe, dans une belle version viscérale du texte de Kafka

Un grand singe à l’Académie : Jade Duviquet met en scène le texte de Franz Kafka, l’empathie de Cyril Casmèze, talentueux comédien zoomorphe, conduit le spectateur à le ressentir avec ses tripes plus qu’avec son cerveau. Un beau moment de théâtre.

Sur la scène, un gramophone au pavillon vert pastel, un petit bureau, une barre métallique. Au fond, des miroirs en pied. Au pied la scène, Pierre le Rouge boit un verre à la santé de l’auditoire. Éminents membres de l’académie, bonsoir…

L’académie voulait que Pierre le Rouge raconte sa vie de singe. Il ne s’en souvient pas, il raconte sa vie depuis sa capture. Blessé, deux balles, au cours d’une chasse. Sur le bateau, dans une cage où il ne peut ni se tenir debout ni s’assoir. Comment il apprend à imiter l’homme, pour ne pas finir dans un zoo. Le fouet du dresseur, l’alcool qui brule, le tabac. Sa vie de performeur, il a acquis l’intelligence et les connaissances d’un européen moyen. Son premier dresseur, interné, qui imitait le singe. Ses nuits auprès d’une femelle chimpanzé à demi dressée, trop bestiale pour qu’il s’affiche avec elle pendant la journée. Dans sa cage, il ne cherchait plus la liberté, il cherchait une issue.

Un rapport pour une académie est un court texte de Franz Kafka paru en 1917. Ici adapté par Jade Duviquet qui y a intégré d’autres fragments de Kafka, trouvés dans les brouillons qu’il a laissés, qui apportent quelques occasions de sourire. Le premier texte de leur série Les Conférences Dérapantes qui associent la connaissance et le théâtre dans une réflexion sur le vivant.

Jade Duviquet signe également la belle mise en scène, autour des talents de Cyril Casmèze, comédien zoomorphe capable d’être un singe aussi bien qu’un ours ou un lion.

Sur scène, Cyril Casmèze est un Pierre le Rouge fascinant. Il est cet animal qui imite l’homme, et tout se joue dans la maitrise des détails. La voix, posée, qui parfois devient rauque ou grognement. Les gestes, un mouvement de tête, d’épaule. Le comportement, la façon de boire, de d’assoir. Cyril Casmèze apporte au Rapport pour une Académie une empathie viscérale rarement vue sur scène pour ce texte régulièrement donné et souvent trop intériorisé. Le spectateur est emporté par cette magie, il n’a plus besoin de chercher à comprendre, il lui suffit de ressentir, sa réflexion ultérieure lui appartient.

Pour la guider, mises en abîme au dessus des miroirs en biais, les vidéos de Stéphane Lavoix rappellent les pubs Apple de 1984. Une belle façon de (ne pas) renvoyer au spectateur l’image de la civilisation dans laquelle il évolue, qui l’enferme dans un carcan de précautions, les premiers pas du grand singe vers l’hominisation n’ont-ils pas été le schnaps et le cigare qui brulent le gosier et la gorge…

Je suis rentré dans la salle avec la curiosité de voir Cyril Casmèze donne le singe humanisé imaginé par Franz Kafka. Je me suis laissé embarquer par son interprétation empathique et viscérale. Je ne cherchais pas à réfléchir ni à comprendre, je ressentais, et c’était un beau moment de théâtre.

A La Reine Blanche le 30/04/24
Durée : 1h00

Texte : Franz Kafka adapté par Jade Duviquet
Avec : Cyril Casmèze
Mise en scène : Jade Duviquet
Compagnie : Singe debout

Visuel : DR

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

Pour suivre au mieux toutes nos actualités, vous pouvez nous suivre sur TikTok, Youtube, Instagram, X, Threads, la chaine WhatsApp

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.