
Le Cri au Darius Milhaud : première pièce d’Hélène Dieulot, un texte fort, une dystopie sur les droits des femmes, la soumission qui se perpétue, l’esprit de révolte qui surgit régulièrement. Une auteure à suivre.
Sur la scène, une table, un paravent, des dessins d’enfant. Une silhouette assise. Quatre personnages debout. Imaginez que vous ayez grandi entre quatre murs avec toute votre famille, sans intimité, sur trois générations.
Dans cet univers dystopique, dans une cave fermée, Fanny élève ses enfants. Mathias, Bart et Eve, qui sont encore là. Gabriel, qui a franchi la porte. Leurs seuls contacts avec l’extérieur sont un soupirail et Le Garde. Parfois Le Garde emmène Fanny derrière la porte, pour un moment de soupirs. Le Garde qui contrôle nourriture et information. Dans cet univers, le temps est rythmé par une sonnette, et les cris sont interdits. Jusqu’au jour où Eve découvre, derrière une gravure, des lettres cachées par sa grand mère.
Le Cri décrit un univers glaçant dont les hommes ont le contrôle, où les femmes sont des ventres dont l’homme attend le plaisir la production de nouveaux hommes et de nouveaux ventres. Le Cri raconte comment une femme a voulu se lever contre ce contrôle, comment elle a perdu son combat. Comment la soumission se perpétue au fil des générations. L’impulsion qui suffit à enclencher une nouvelle révolte, un nouveau cri. Un rappel historique, un message d’alerte, une invitation à lutter contre les fondamentalismes qui sourdent, qui menacent des libertés gagnées il n’y a pas si longtemps au prétexte de l’accueil et de la tolérance.
Le Cri est né d’un projet de dernière année d’Hélène Dieulot au Cours Florent. Une origine qui conduit à la recherche de la performance, individuelle et collective, aux curseurs poussés à fond dans les registres sélectionnés. Des spectacles qui permettent de découvrir des comédien.ne.s dont certains seront plus tard en haut des affiches.
Le Cri des femmes. L’aliénation et la soumission se transmettent de mère en fille, la lutte et la révolte se transmettent de grand-mère en petite-fille. Hélène Dieulot a su traiter un sujet fort en gardant son axe, sans (trop) se perdre dans les excès. Bien sûr son écriture a encore besoin de murir, de sortir des exercices imposés, de gagner en finesse et en profondeur. On verra Le Cri pour cette fraicheur, en notant le nom d’Hélène Dieulot sur la liste des personnes dont on suivra les prochains projets.
Au théâtre Darius Milhaud jusqu’au 26/03/24
Mardi : 19h00
Durée : 1h15
Texte : Hélène Dieulot
Avec : Carla Antoun, Benjamin Delattre, Damien Duchadeuil, Corentin Gerold, Théodore Ribeiro, Simon-Pierre Rigaudy, Leïla Roulin
Mise en scène : Hélène Dieulot, Emmanuelle Vintache
Compagnie : La Scène Turbulente
Visuel : Hugo Mons / Anaëlle Razafimamonjiarison
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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Une réflexion sur “Le Cri – Théâtre Darius Milhaud : une dystopie sur les droits des femmes, rappel autant qu’alerte”