Comme le nageur au fond des mers – Théâtre Ouvert : un roman noir, cinématographique, esthétique

Comme le nageur au fond des mers au Théâtre Ouvert : la quête mémorielle de Thomas Farrigue. Une pièce de Bérengère Jannelle, un film noir très esthétique sur fond de Méditerranées.

Sur la scène, sur une structure à hauteur de hanche, des bâches en plastique recouvrent ce qui pourrait être des cartons. Dans l’ombre, au fond, on distingue deux portes. Le fond de la scène est tendu de noir. On entend un ping, sonar ou dispositif médical. Dans un rectangle découpé, un homme porte un casque, face à un micro. A ses côtés, un homme et une femme, en blouse blanche. On entend le son des vagues. Bonsoir. Mes papiers d’identité indiquent que je m’appelle Thomas Farrigue.

Dans les bribes de sa mémoire, Thomas Farrigue se souvient qu’il est documentariste sonore. Que Cléo, son amoureuse, est plongeuse. Il part à sa recherche, sur les traces de leur dernier voyage, dans l’Ile de Milos. Dans ce qui était leur chambre, il retrouve ses derniers enregistrements.

Dans un univers de roman noir, Bérangère Jannelle décrit la quête obsessionnelle de Thomas Farrigue. Il veut savoir. Elle le fait avec un œil très cinématographique, elle gère les plans, les angles, les reflets, dans une scénographie très détaillée de Alban Ho Van, dans un univers sonore immersif de Félix Philippe. Dans cet univers décalé de dix minutes par rapport à la réalité, elle convoque la Méditerranée, lieu de vacances idylliques, dernier souffle des migrants qui s’entassent sur des bateaux de fortune, berceau des mythes qui font notre civilisation. Tant de choses à assimiler que le spectateur en moi finissait par saturer, ne plus savoir ce qui était essentiel à la quête, et ce qui n’était qu’important. Sur scène, Félix Kysyl – Thomas Farrigue et Emmanuelle Lafon – Cléo, entourés de Leïla Muse et Elios Noël. Un jeu précis, dont les nuances sont autant d’indices.

Comme le nageur au fond des mers est une belle création dont la conception esthétique très détaillée semble parfois prendre le pas sur l’enquête mémorielle, sur le fond lui aussi très dense. Une pièce noire, un peu étouffante, un propos politique ancré dans l’actualité, sur fond des mythes méditerranéens.

Au Théâtre Ouvert jusqu’au 10/02/24
Lundi, mardi, mercredi : 19h30; jeudi, vendredi, samedi : 20h30
Durée : 1h35

Texte : Bérangère Jannelle
Avec : Félix Kysyl, Emmanuelle Lafon, Leïla Muse, Elios Noël et avec la voix de Mafing Traoré
Mise en scène : Bérangère Jannelle

Visuel : Pierre Grosbois

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

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