La Place – Théâtre La Flèche : un seule en scène étonnant

La Place à La Flèche : Marie Bucher, mise en scène par Michèle Harfaut, est étonnante dans ce seule en scène adapté du livre d’Annie Ernaux, elle fait revivre les souvenirs de son père sans s’attarder sur les considérations sur la langue ou le sentiment de trahison de classe.

Sur le côté de la scène, un petit bureau. Une chaise, une lampe, un livre posé. Un bocal de bonbons. Une corbeille, qui déborde de feuilles froissées. Plus au fond, un cheval à bascule, un tourne disque, des 33T, des 45T. En vidéo, le bord d’une route défile. Marie Bucher entre en scène, pieds nus, déshabillé de soie bleue un mug à la main. Voix off, dont elle prend bientôt le relais… C’était un dimanche, au début de l’après midi. Ma mère est apparue dans le haut de l’escalier… Elle a dit d’une voix neutre : « C’est fini ». Je ne me souviens pas des minutes qui ont suivi.

La Place est un livre d’Annie Ernaux paru en 1983. Dans une langue minimaliste, elle rassemble les faits et gestes de son père, raconte les souvenirs qu’elle a de sa vie. 1899-1967, centrée sur Yvetot. Paysan, puis ouvrier dans une corderie, il ouvre un café-épicerie. Un homme simple, soucieux de ne pas paraitre. Une famille où on est heureux quand même, parce qu’il le faut bien.

Marie Bucher et Michèle Harfaut ont adapté le livre en respectant l’esprit de simplicité de sa langue. Sans s’attarder sur les considérations sur la langue, sans épiloguer sur le sentiment coupable d’avoir trahi sa classe. Dans son intimité, une femme se souvient de son père. Les souvenirs racontés, avant qu’elle soit née. Un vieil album de photos. Des visites qui s’espacent quand elle part vivre sa vie à elle.

Le résultat est étonnant. Marie Bucher évolue sur scène avec la précision détachée d’une danseuse. Ses mots créent les situations dans l’esprit du spectateur, elle se transforme petit à petit, de la petite fille à la femme mure, son corps transmet ses émotions retenues, des impressions plus que des émotions, peut-être, de l’affection plus que de l’amour. De l’attachement. Un attachement qui survit à la distance, qu’elle soit géographique ou de classe. La mise en scène de Michèle Harfaut souligne le jeu de Marie Bucher, à coup de petits détails qui soutiennent et renforcent le propos, sans engoncer la comédienne.

La Place est un bon seule en scène, finement joué, appuyé sur un propos solide. Un seul en scène autonome, pas besoin d’avoir lu Annie Ernaux pour prendre plaisir, et ses lecteurs y trouveront leur compte.

Au Théâtre La Flèche jusqu’au 30/11/23
Jeudi : 21h00
Durée : 1h10

Texte : Annie Ernaux – adaptation Marie Bucher, Michèle Harfaut
Avec : Marie Bucher
Mise en scène : Michèle Harfaut

Visuel : DR

Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com

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