
L’Amant de Pinter à l’Atelier : qui est cet amant qui vient voir Sarah l’après midi sans que Richard s’en offusque ? Ludovic Lagarde emmène Valérie Dashwood et Laurent Poitrenaux dans les méandres de cette vérité de film noir. A voir en diptyque avec La Collection.
Sur la scène, deux pièces de la maison de Sarah et Richard, quelque part dans une banlieue huppée de Londres. Très claire, la chambre, un lit, une pile de livres. Plus sombre, au pied d’un escalier, le salon. Un canapé, une servante à alcools, la porte d’entrée. C’est le matin, elle prend son café, il met sa veste. Ils s’embrassent. Ton amant vient, aujourd’hui ? Humm Humm. A quelle heure ?
C’est officiel, Sarah a un amant, qui vient la voir pendant que Richard fait des tableaux de comptes assis à son bureau. Comme toujours chez Pinter, la vérité est évolutive, entre indices, fausses pistes et forages exploratoires, chaque strate qu’on croit découvrir recouvre la suivante. Sarah a un amant, Richard se met à poser des questions sur ce qui se passe chez lui l’après midi. Plus tard, il admet passer chez une pute avant de rentrer. Plus tard, le jeux de rôles se révèle, elle est la pute, il est l’amant brutal, et d’autres choses encore. Quand Richard voudrait intégrer ces jeux à leur vie quotidienne, Sarah refuse.
La mise en scène de Ludovic Lagarde a cette qualité rare de donner du temps à la distribution. Bien sûr le dispositif scénique est somptueux, bien sûr la lumière est magique. Mais surtout le travail des voix. Au delà de leurs postures, c’est à travers le ton, le rythme, la musique de leurs voix que Valérie Dashwood et Laurent Poitrenaux exprime les pensées profondes de leurs personnages, celles qui créent les strates successives écrites par Harold Pinter. Ce sont leurs voix qui prennent le spectateur dans un filet, vont chercher au fond de lui le souvenir de ces moments gênants chez des amis qui l’ont rendu témoin de l’agressivité de leur indifférence affectée ou de la puissance de leur désir mutuel. Il savoure la finesse avec laquelle Valérie Dashwood a installé son personnage de dominatrice.
On est dans le film noir, revoyez Le Grand Sommeil, l’ordre moral règne en maître, on le transgresse en secret, sans l’admettre ni l’assumer. L’Amant est de ces pièces qu’il faut voir régulièrement, en avançant en âge on la reçoit différemment, on est surpris par la fin, on la savoure.
Le théâtre de l’Atelier vous propose de voir la Collection en suivant. Prenez le temps d’un thé, d’une collation. C’est une bonne idée de voir les deux pièces.
Au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 25/06/23
Du mardi au samedi : 19h00; dimanche : 15h00
Durée : 1h00
Texte : Harold Pinter
Avec : Valérie Dashwood, Laurent Poitrenaux, Guillaume Constanza
Mise en scène : Ludovic Lagarde
Visuel : DR
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
5 réflexions sur “L’Amant – Pinter – Théâtre de l’Atelier -> 25/06/23 : tout est dans la musique des voix”