
Gros Câlin au théâtre du Chariot : adapté par Julie Roux pour la scène, et étonnamment servi par Etienne Durot, le besoin d’affection de l’homme solitaire et asocial imaginé par Romain Gary se retrouve d’une percutante actualité, dans une urgence à savourer
Sur la scène, une chaise longue en cuir recouverte de plastique, devant des panneaux de kraft déroulés sur lesquels se découpe l’ombre d’un homme. Il passe la tête, repart, revient, s’avance vers le micro avec une lenteur infinie, accélère brusquement. J’entre ici dans le vif du sujet. Les pythons en captivité se nourrissent uniquement de proies vivantes.
Gros Câlin est le premier roman que Romain Gary a publié sous le pseudonyme d’Emile Ajar qui lui permettra plus tard d’obtenir le prix Goncourt une seconde fois. L’histoire de Cousin, un homme incapable de développer des relations sociales avec le peu de gens qu’il croise, un homme qui se sait négligeable, dans son travail comme aux yeux des rares personnes qu’il croise. Il a rapporté Gros Câlin d’Afrique, c’est un python, il se réfugie dans ses étreintes, s’attache à la souris blanche qu’il avait achetée pour le nourrir. Plus le roman avance, plus la limite entre Cousin et Gros Câlin devient fongible.
Julie Roux a fait un gros travail d’adaptation pour la scène du roman foisonnant et plein d’humour de Romain Gary, et le résultat est aussi fin que poétique et détonnant. Elle élague, conserve les fulgurances, garde son axe, rend tangible la solitude de Cousin, l’urgence qu’il a de la combler autant que son incapacité à y arriver, jusqu’à la scène finale qui n’est pas sans rappeler l’ambiance d’Apocalypse Now.
Sur scène, Etienne Durot tient son personnage avec un air lunaire, étonné par chacune des péripéties qu’il traverse. Il sert le texte avec un débit qui tient de la mitraillette de précision, qui souligne la solitude autant que l’urgence de Cousin.
J’ai savouré la redécouverte de ce personnage imaginé dans les années 70, la poésie et l’humour de Gary, la mise en scène vibrionnante de Julie Roux, l’interprétation étonnante d’Etienne Durot. En sortant, j’ai vu les spectateurs rallumer leurs smartphones, confirmant s’il en faut la réalité anticipé par Romain Gary étrangement actuel.
Au Théâtre du Chariot jusqu’au 16/02/25
Du jeudi au dimanche : 19h00
Durée : 1h10
Texte : Romain Gary (Emile Ajar) – adaptation : Julie Roux
Mise en scène : Julie Roux
Avec : Etienne Durot
Compagnie : compagnie Cipango
Visuel : DR
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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