
Drame Bourgeois au Théâtre Ouvert : plus que l’histoire d’une rencontre, Padrig Vion offre à Lomane de Dietrich et Louis Battistelli un feu d’artifice de références, de bons mots et de contraintes. Entre Godard et Varda, c’est suranné, bien fait, joliment joué, à savourer.
Sur la scène vide, Elle et Lui vont et viennent. Alors c’est là…Enfin… Maintenant…
Elle et Lui, L. et Louis. La princesse germanopratine, le gars simple. Ils vont se croiser, s’aimer. En parcourant la ville, à Paris la distance se mesure en souvenirs.
Dans cette belle pièce écrite et mise en scène par Padrig Vion, j’ai savouré chaque instant. Chaque instant, plus que l’arc narratif, le berger amoureux d’une étoile… Chaque instant plus que chacun des moments, de la rencontre à la rupture… Un texte très littéraire, très fin, bourré de références et de jeux de mots, qui maintient son ambigüité en sautant du conditionnel à l’indicatif au fil d’une même phrase. Un texte malin, qui sait emporter le spectateur dans les silences des mots absents, il y ajoutera son imaginaire à lui.
Une histoire surannée quelque peu, écrite sous contraintes quasi oulipiennes et pour le phrasé de Lomane de Dietrich, des phrases musicales de Michel Legrand ou Graeme Allwright, on est chez Jean-Luc Godard revisité par Agnès Varda, on est dans Intersections, le deuxième livre des Humeurs de la Mer (Vladimir Volkoff, à qui j’emprunte également le titre de cette chronique). Padrig Vion explore les rites et les repères de la Rive Gauche des années 60-70.
Sur scène, Lomane de Dietrich, lumineuse, pour qui la pièce a été écrite, les mots collent à son phrasé, et Louis Battistelli, naturel dans son flight. Ils montent avec aisance un texte affuté qui ne pardonnerait ni hésitation ni erreur, ils se croisent de loin, rebondissent l’un sur l’autre sans dialoguer. C’est bien fait, c’est joliment joué. Chaque spectateur y trouvera ses marques, repèrera les fulgurances qui lui parleront.
SI vous cherchez au théâtre des portes qui claquent ou des histoires fortes, passez votre chemin. Si vous aimez les mots, ceux qui s’amusent avec les mots, si vous croyez que tout ayant déjà été raconté, c’est la façon de le raconter qui compte, alors vous savourerez ce jeu contraint quasi oulipien, ce regard suranné posé sur une époque qui essaye encore de ne pas être révolue.
Au Théâtre Ouvert jusqu’au 14/12/24
Dates et heures sur le site du théâtre
Durée : 1h15
Texte : Padrig Vion
Mise en scène : Padrig Vion
Avec : Louis Battistelli, Lomane de Dietrich
Compagnie : Prémisses
Visuel : India Lange ou Eva Lallier Juan
Cette chronique a été publiée pour la première fois sur www.jenaiquunevie.com
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